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  Randonnée dans le Sahara du Niger


(/03/2000)

<REP|SITE/2000/Air>

Le projet

Vous en avez assez du froid et de la pluie, des passants indifférents ? Vous rêvez d’Afrique, de désert, vous voulez voir les hommes bleus montés sur leurs chameaux, l’épée au côté ? Vous avez envie de parcourir des étendues infinies de sable et de rochers ponctuées d’oasis verdoyantes ? Alors faites comme nous, mettez votre coursier préféré dans l’avion et partez en randonnée dans L’Aïr, au Sahara du Niger, nous l’avons fait, c’est possible, et c’est encore plus beau que tout ce que vous pouvez imaginer dans vos rêves !

Bien qu’il représente une aventure hors du commun, ce voyage est à la portée de n’importe quel cycliste en bonne santé et un peu entraîné, il a été réalisé en 15 jours tout compris et le budget était voisin de 6500F par personne (départ Paris), la principale difficulté est surtout la chaleur en milieu de journée et la solution la sieste entre 11h et 15h ! Voici en quelques lignes les faits essentiels pour ceux qui auraient envie de découvrir cette région et ses grands espaces, son soleil et surtout le merveilleux accueil de ses habitants !

Le Niger et L’Aïr

Enclavé au centre de l’Afrique le Niger est grand comme 2,3 fois la France et en grande partie désertique ; il est peuplé d’environ 10 millions d’habitants, c’est l’un des pays les plus pauvres du monde, et cela se voit, tout y manque, nourriture, médicaments, vêtements eau potable ? Les causes sont multiples, politique agitée, surpopulation, mais surtout de longues périodes de sécheresse qui ont affecté le Sahel ces dernières années. Il y fait chaud presque toute l’année (35-40°C) les nuits sont un peu plus fraîches en hiver(5à10°C), il pleut durant l’été mais la partie Nord est extrêmement sèche. La région montagneuse de l’Aïr au nord d’Agadez bénéficie de quelques pluies en raison du relief et on y trouve donc des villages vivant grâce à des puits permanents. C’est l’un des nombreux attraits de cette région qui est l’une des rares du Sahara disposant de suffisamment de points d’eau pour pouvoir être parcourue à vélo sans équipement spécial. Mais pour ce pays, pauvre ne signifie pas fermé au tourisme, bien au contraire, on y trouve des hôtels et des restaurants au confort tout à fait honnête il y a aussi des guides et des agences de tourisme très sérieux pour découvrir la diversité des paysages d’une exceptionnelle beauté. La zone dans laquelle s’est déroulée notre randonnée ne présente pas de dangers particuliers et nous sommes partis bien équipés mais sans guide et sans assistance.

L’équipe

Voici les trois individus ayant participé à cette petite expédition :

Michel Lahaye 45ans ingénieur chimiste à Bordeaux, grand voyageur devant l’Eternel, à moto puis en ULM et finalement à vélo, beaucoup de c ?ur, beaucoup d’humour très débrouillard,

Patrick Morissot 43ans, électronicien à Nantes, triathléthe et grand sportif, sérieux dévoué, gentil et increvable (mais pas ses pneus !)

Régnault Von der Mühll (vieux) 55ans Chimiste au CNRS à Bordeaux, un peu savant et poète, Suisse et pas très vif, essaie toujours de suivre les deux autres (rvdm@icmcb.u-bordeaux.fr) !

Organisation

Pour satisfaire notre désir de nouveaux horizons et nos passions pour l’Afrique, le désert et le goût des rencontres, nous avons choisi de voyager à VTT. Nous sommes partis en totale autonomie avec un minimum de bagages(15kg). Nous avions déjà rôdé notre système lors d’une expédition au Maroc dans les hauts plateaux de l’Atlas en 1997. Le principe est simple : partir à trois pour un durée de 15 jours sur un parcours repéré à l’avance. Donc pas de mécénat, pas de véhicule d’assistance, bagages réduits au minimum, préparation et débrouille maximum de manière à voyager librement à notre rythme en ayant le temps de regarder le paysage et de parler avec les gens. Nous sommes allés de Paris à Niamey en avion - avec les vélos dans la soute à bagages- puis de Niamey à Agadez -950km en 20h, assez pénible - en taxi -" pigeot " 504 familiale réservé par un ami résident au Niger. Une fois à Agadez après quelques hésitations sur les formalités à accomplir et ne connaissant pas à priori les difficultés de progression, nous avons parcouru les 100 premiers km en "taxi-brousse " pour gagner du temps, puis à VTT, une boucle de 350km environ en un peu moins de 10 jours. Nous emportions des vivres et des médicaments ainsi qu’un minimum de pièces de rechange et du matériel de camping léger. Nous avions une réserve d’eau pour 3 jours.

Les paysages et les pistes

Du sable bien sûr, quelques petites dunes mais surtout beaucoup de rochers et de montagnes, L’Aïr est un massif granitique très ancien et érodé mais parsemé de pitons volcaniques et de coulées de lave qui donnent des paysages surprenants, Il y a donc des passages de sable assez mou dans les parties basses notamment le lit des rivières temporaires ou "koris " et de belles côtes pierreuses dans les parties montagneuses, mais dans l’ensemble on roule assez bien. En dehors des points d’eau il n’y a que quelques arbres épineux, des herbes sèches et beaucoup de cailloux, mais dès que l’on approche d’une oasis c’est une féerie d’arbres d’un vert cru, de palmeraies et de jardins soigneusement cultivés, on trouve alors de l’eau tirée des puits à poulie par des zébus ou des chameaux, c’est toujours l’occasion de discuter amicalement avec les oasiens et éventuellement d’acheter de délicieux fruits et des légumes : tomates, pamplemousses, carottes, citrons etc. Le plus bel exemple en est le village de Timîa situé dans un écrin de montagnes avec de très beaux jardins cultivés tout au long de l’année, il y a même un ruisseau qui s’écoule en cascade dans une superbe paroi granitique ! la chasse est interdite dans tout l’Aïr et il est possible d’apercevoir de nombreux animaux sauvages, des oiseaux (tourterelles, perdrix) mais aussi des singes rouges, le fennec, l’écureuil de barbarie etc. La piste allant d’Agadez à Timîa par Aouderas récemment refaite est assez peu fréquentée, celle qui va de Timîa à Agadez par Elmekki est un peu plus parcourue mais sans plus (de 1 à 3 véhicules par jour) donc, ne pas compter faire de l’auto-stop en cas d’incident !

Formalités Administratives

C’est très simple, avec un passeport en cours de validité, il suffit de demander un visa à l’ambassade du Niger au moins 3 semaines à l’avance après avoir satisfait aux vaccinations obligatoires. Sur place, à Agadez, il vous faudra une autorisation de la gendarmerie, il vaudra mieux vous y rendre vous-mêmes et user d’une certaine diplomatie. Vous indiquerez votre itinéraire, il faudra insister un peu auprès de l’officier responsable en disant bien que vous ne ferez pas de hors-piste, et que vous n’êtes pas les premiers ! C’est normal qu’il s’inquiète un peu pour votre sécurité ; l’autorisation vous sera accordée moyennant une petite taxe locale. Avant de partir ne pas oublier de confirmer le vol du retour par téléphone !

Prévention sanitaire

La vaccination fièvre jaune est obligatoire, celles de la méningite et de l’hépatite B sont recommandées. Le mieux est de partir en bonne santé y compris les dents. Le risque de paludisme, est faible dans la région de l’Aïr sauf à Agadez ; nous y avons usé d’un vaporisateur anti-moustique "spécial tropiques", et amené une boite de Savarine pour traiter une atteinte éventuelle durant le séjour, ce qui est en principe suffisant pour deux semaines. Sur la piste, nous avons toujours campé assez loin des points d’eau pour éviter ces problèmes. Les crèmes solaires et hydratantes ont été très utiles notamment pour protéger les lèvres et la peau car il fait extraordinairement sec ce qui les rend très fragiles. Nous avions amené pas mal de médicaments genre aspirine, paracétamol, collyres en doses individuelles, ainsi que des pansements, des désinfectants et traitements anti-diarréhiques etc. Tout cela nous a peu servi mais nous avons eu beaucoup de demandes de la part des gens du pays que nous avons rencontrés, il a fallu confirmer qu’il s’agissait de médicaments a utiliser suivant les posologies indiquées. Par précaution nous avons toujours désinfecté l’eau avec des comprimés (Micropur).

Préparation pratique

Le principe de base est de partir avec une machine solide et en bon état : j’avais un vélo de moyenne gamme Orbea Sherpa "rigide " (12kg nu) équipé comme suit : Potence articulée Girving, rayonnage de qualité vérifié, porte bagages arrière, sacoches, un jerrican en plastique de 6l fixé dans le cadre pour porter l’eau ; pneus neufs, attention aux aux flancs trop minces ; Un compteur kilométrique robuste une trousse de petit outillage, quelques maillons de chaîne, câbles et visserie divers, un dérailleur pour trois vélos et de quoi réparer les crevaisons : trois chambres à air, beaucoup de rustines et une pompe solide. Equipement personnel : sac à dos avec camel bag de 2.5l (indispensable) petit matériel de camping sac de couchage tente légère (pas indispensable sauf par vent de sable) petite pharmacie de randonnée déjà présentée. Nous avons circulé avec des pantalons et des chemises à manches longues et le casque pour nous protéger du soleil qui tape vraiment dur ! Les chaussures de randonnée sont bien utiles pour marcher dans le sable et la caillasse. Nous avions emporté de la nourriture pour 10jours et c’était trop, 5 à 6 jours suffisent, nous avons trouvé du ravitaillement dans les villages, surtout fruits et légumes. L’argent ne sert pas à grand chose en " brousse " et nous avons souvent fait des échanges de produits frais contre de petits paquets de thé ou de tabac achetés à Agadez ou de petits objets utiles genre pinces à épiler petits ciseaux stylos etc. amenés de France. En Général les opérations se déroulent plutôt comme un échange de cadeaux que comme un troc !

Itinéraire

Agadez, km 0 : La piste vers Timîa et Iferouane -non signalée- quitte la ville vers l’est , et s’engage sur un large plateau sableux, puis serpente le long de la rive gauche du kori Teloua qui "arrose " Agadez, cette rivière est en général à sec mais conserve assez d’humidité pour alimenter de la verdure et des villages : au km2.5 Alaghsas , au km10.5 Azel, à 37.5 km Tassalam, à 42km Dabaga (denier contrôle de gendarmerie) aussitôt après prendre à droite(est) la piste d’Aouderas, elle s’élève un peu et serpente dans de petites collines, admirer à gauche la forêt de Dabaga.

Au km 66 laisser à droite la piste vers Tabelot (au sud des monts Bagzane) suit une série de montagnes russes dans un décor de type sahélien avec beaucoup d’épineux, on atteint Aouderas au km 105 environ : ravitaillement en eau et en nourriture. Au-delà, le chemin orienté plein nord monte résolument dans un décor de montagnes volcaniques parsemées de pitons rocheux : montagnes du Todgha à l’est. Après avoir franchi un col à près de 1000m d’altitude, la piste redescend vers la vallée de Tammazaret verdoyante et assez encaissée ou il faut se ravitailler en eau (km 37 après Aouderas) attention aux épines sur la piste qui passe sous les arbres !

On sort du passage sableux et étroit en continuant plein nord dans un paysage plus ouvert et plus désertique. Le puits d’Aouerak est sur la gauche vers le km 45, on longe ensuite le massif de Bîlet côté est et on aboutit dans une vaste cuvette sableuse. Au km 57 laisser vers la droite (est) une piste vers Taffaraou et continuer vers le nord ouest, la piste décrit une large boucle et rejoint la piste principale de Timîa au km 60 a pied de l’aiguille granitique d’Aritaoua flanquée d’une épaule.

La piste continue vers l’est, franchit des passages sablonneux assez pénibles bordés de callotropis puis traverse le village de Krip-Krip ou il faut se ravitailler en eau dans l’un des puits, au km 85 ; la piste remonte alors vers le nord dans un décor de montagnes arides on parvient dans un cirque de montagnes qui paraissent infranchissables mais la piste serpente dans une suite de côtes et de descentes sportives pour monter finalement jusqu’à la cascade de Timîa à 500m en bas à gauche au km 98, décor enchanteur et rafraîchissant pour le cycliste brûlé par le soleil, l’ascension se termine au village de Timîa au km 101 : se ravitailler en eau et en fruits et légumes qui poussent toute l’année dans de merveilleux jardins, monter un peu sur la colline à l’est de la ville pour avoir une vue panoramique, un villageois vous fera visiter la ville pour quelques sous.

Vous, admirerez les puits les cultures et aussi le très intéressant artisanat local : petits sujets et pendentifs originaux en pierres dures taillées et polies et bijoux variés en argent certains anciens et très beaux on peut même acheter un poignard ou une épée traditionnelle la " Takouba ".

Le retour se fait par le même itinéraire jusqu’à 39 km de Timîa, après le croisement avec la piste d’Aouderas qu’on laisse à gauche, continuer alors vers l’ouest pour contourner la montagne de Bîlet ; la piste s’élargit et devient caillouteuse avec de la tôle ondulée désagréable, se ravitailler en eau et éventuellement nourriture à Oufen au km 45 à gauche de la piste. A quelques km on quitte la vallée de l’anou Makkarene vers le sud et on passe au pied d’une petite colline rocheuse habitée par des singes rouges "Patas".

Le paysage devient alors très caillouteux et franchement désertique, on sera heureux de retrouver un peu de verdure et d’eau à Mallatas au km 68. Le massif de Guissat aligne ensuite ses aiguilles rocheuses à gauche de la piste, puits au km 87. Prendre un embranchement à gauche au km 103 vers Elmekki, km 109, qui est un village intéressant, il possède une mine d’oxyde d’étain (cassitérite) dont les habitants nous ont montré de superbes cristaux de plusieurs centimètres, ravitaillement en eau et en vivres.

Après une montée raide vers le sud le paysage devient plus ouvert avec des puits à Guirmat km 133, Egadaouil km 149, Ghabda km 160, et finalement Dabaga où l’on rejoint la piste du départ au km 179, retour à Agadez au km 221, en visant le célèbre minaret de la grande mosquée ?La ville est très belle, l’architecture des vieilles maisons est à la fois esthétique et conviviale, le marché est extraordinaire de diversité tant pour les produits proposés que pour la variété des origines des gens, se faire accompagner d’un guide (25CFA) pour éviter d’être trop sollicité par les petits marchands.

Il faudrait plusieurs jours pour apprécier toutes les richesses culturelles de cette ville, architecture et artisanat ( bijoux, vêtements). Ce bref résumé est loin de refléter toutes les émotions et les coups de c ?ur que nous avons ressentis au cours de notre randonnée. Goûter l’eau fraîche tirée d’un puits et déguster une tomate mûre à point - et offerte avec le sourire - après des heures passées à pédaler sur la piste font partie des joies simples que l’on peut redécouvrir ici.

Si vous décidez d’entreprendre ce voyage, ce serait chic de saluer de notre part un certain nombre de personnes qui nous ont accueillis très chaleureusement tout au long de notre parcours et dont je vous communiquerai volontiers les noms et adresses.

Bibliographie

Bonjour le Sahara du Niger de P.M. Decoudras, photos de J.M. Durou aux éditions du Pélican à Lyon. Très beau livre bien documenté avec des photos superbes, sa lecture est déjà à elle seule un voyage, la partie pratique est aussi très bien documentée.

Le Guide bleu du Sahara éditions Hachette le plus sympathique des guides bleus, surtout prévu pour les voyageurs motorisés plutôt que les randonneurs les randonneurs, chapitres intéressants sur l’aspect sociologique et historique des populations locales.

Le Guide du routard d’Afrique Noire, éditions Hachette, guide pratique (adresses, téléphones, prix) hélas trop peu précis relativement à la région de l’Aïr, pas de renseignements sur les prestations des multiples agences de voyages d’Agadez ?pour notre part, nous avons rencontré Ibrahim qui nous a donné des renseignements fiables et nous a amenés jusqu’à Aouderas.

Combien ça coûte :

Pour 1 personne d’un groupe de 3 :

- avion Paris Niamey a/r : 3700 FF
- Taxi Niamey-Agadez a/r : 1500/3 500 FF
- 4x4 Agadez/Aouderas (105km):1650/3 550 FF
- Taxes et pourboires : 240FF
- Hôtel, repas, vivres sur place : 340 FF
- Vivres + médicaments + divers : 400 FF
- Films et photos : 300 FF
- Visa Niger : 300 FF
- Total : 6330 FF

Si vous êtes rapides, vous pouvez partir directement d’Agadez et éliminer la prestation " 4x4 " pour boucler le parcours en 10 jours ?Il y a parfois des vols directs sur Agadez c’est l’idéal !

Cartes

- Michelin 954 au 1/4000000 : utile pour avoir une vue d’ensemble de l’ouest Africain, mais insuffisante pour la navigation .
- IGN (Institut géographique du Niger) au 1/500 000 : plus précise, elle est suffisante pour parcourir les pistes principales ; en vente à Niamey.
- IGN au 1/200000 : nécessaires pour une navigation précise ou des excursions hors-piste, elles sont disponibles auprès de l’IGN Niger ou France (on obtient des copies en insistant un peu). Bien qu’anciennes, ces cartes nous ont été bien utiles pour une localisation au GPS. La piste que nous avons empruntée entre Aouderas et Timîa n’y figure pas (feuilles Elmekki et Timîa).

Adresses utiles

- Cartes : Institut Géographique National, Cartothèque 2 Avenue Pasteur 94160 Saint Mandé tel 01 43 98 80 00
- Visa : Ambassade du Niger, 154 rue de Longchamp 75116 Paris, tel 01 45 04 80 60 et pour aller plus loin : ALIGOURAN-Voyages , Ibrahim Abambacho BP 205 Agadez Niger R.N.Tel (227) 440-094
- Pour le repos : Pension Tellit, Vittorio De Gioni B.P.196 Agadez R.N.Tel /fax (227)440-231 : accueil sympathique et confortable ?



Auteur - Régnault Von der Mühll




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