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  Petite réflexion humaniste sur l’économie du pétrol


(21/03/2006)

<REP|SITE/membres/pab/2006/0603_Petrol>

J’ai vu, lu et entendu beaucoup de réflexions sur l’appauvrissement des richesses pétrolières de notre planète. Certains prétendent que c’est un faux problème puisque les ressources ne sont pas définies, d’autres sont alarmistes. Beaucoup se plaignent simplement de l’augmentation des prix des carburants et d’aucuns trouvent inadmissibles la pollution engendrée par toute cette combustion.

Sans donner ni raison ni tord aux uns ni aux autres, je vous propose dans ces lignes une réflexion sur le devenir de l’humanité vis à vis de cette dépendance aux énergies fossiles.

4 milliards d’année que la Terre s’est formée. Deux milliards d’années pour les premiers signes de vie. Depuis, l’oxygène s’accumule dans l’atmosphère et le dioxyde d’azote et synthétisé en hydrocarbure patiemment stocké dans le sous sol (OK, ce n’est pas aussi simple que cela mais ce sont des ordres d’idée). Puis, en 150 ans, l’humanité a épuisé ces réserves.

A-t-on eu raison, tord ? Pour ma part, il n’y a aucune ambiguïté : élever son niveau de vie, améliorer la société, l’éducation, la médecine, l’agriculture, ... L’énergie fossile a permis à l’humanité de sorti de l’obscurantisme du moyen âge. Sans cela, les progrès de la renaissance se seraient limités à une seule élite, ce qui n’est pas en soi un progrès social. Qui plus est, sans se répandre au travers le monde et les classes sociales, l’ère industrielle n’aurait pu voir le jour.

Bien entendu il y a usage et gaspillage. L’homme est ainsi. Qu’une ressource se trouve en abondance elle sera dilapidée, qu’elle soit rare, elle sera jalousement gardée et convoitée jusqu’à provoquer des guerres. Pour le pétrole, la loi de l’offre et la demande fait que nous en sommes arrivés au second cas de figure.

Les différentes sources majeurs d’énergie passées en revue

Mais revenons en aux préoccupations actuelles : la prise de conscience que les richesses de notre sous-sol ne sont pas inépuisables et son corolaire : comment subvenir aux besoins en énergie de l’humanité ?

Passons en revue les sources alternatives d’énergie à l’heure actuelle :
• La fission nucléaire
• L’hydro-électricité
• L’énergie éolienne
• L’énergie solaire
• La géothermie

La fission nucléaire telle que nous la connaissons n’est pas une solution d’avenir. Beaucoup de pays s’en dégage actuellement sous des prétextes écologiques mais, c’est surtout l’appauvrissement des réserves en uranium qui est le plus grave problème. Il resterait, de part le monde, moins de réserves d’uranium que de pétrole suivant la consommation actuelle. Car, la purification et surtout l’enrichissement de l’uranium dans son isotope intéressant sont grandes consommatrices d’énergie. L’exploitation d’un gisement moins riche nécessite donc l’apport d’énergie et le bilant total de toute la chaine de production devient de moins en moins rentable.

Une solution pourrait néanmoins se dégager avec les réacteurs à neutrons rapides. Utilisant les produits de fission des réacteurs actuels (à neutrons lents), cette technique avait été écartée à l époque de la guerre froide car le plutonium utilisé pouvait servir à des fins militaires. Mais aujourd’hui de nouvelles techniques de traitement du combustible nucléaire permettent une utilisation plus sereine. Néanmoins, de sérieux efforts de développement de toute la filière doivent être entrepris pour obtenir une énergie à un coût raisonnable.

L’hydro-électricité est déjà pas mal exploitée dans des pays comme la Suisse (20% de la consommation d’énergie, 60% de l’électricité) et le Canada (65% de l’électricité) ; Il est certainement encore possible d’installer des centrales sur certains cours d’eau mais des contraintes économiques et écologiques rentrent en compte. En effet, comment assurer la navigation marchande sur les grands fleuves tout en y disposant des barrages ? Nous sommes donc très proche de la saturation.

L’énergie éolienne est développée dans les pays nordiques et plus précisément au Danemark qui à une implantation offshore très impressionnante (15% de sa demande énergétique totale). Les problèmes rencontrés sont la constance des vents, la limitation des zones exploitables, le rapport défavorable de la superficie occupée pour la production énergétique. Cette seule source ne pourra donc jamais suffire à combler notre demande sans cesse croissante.

Ces dix dernières années, de très grands progrès ont été réalisés dans la génération d’énergie directement tirée du rayonnement solaire. Des maisons basées aux latitudes de l’Europe du nord sont maintenant autosuffisantes par cette seule source. Mais l’industrie et les moyens de transports demandent bien plus. Les grands complexes de centrales solaires possèdent intrinsèquement les mêmes problèmes que ceux de l’énergie éolienne : superficie, sites d’implantation limités, approvisionnement non-garanti. Les dernières idées seraient d’utiliser des panneaux solaires embarqués sur des satellites et de retransmettre sur terre l’énergie ainsi produite par faisceau de micro-onde. Sauf que nous sommes à des dizaines d’années d’une solution viable vu le maigre rendement de ce mode de transfert. Aucun démonstrateur n’est d’ailleurs prévu.

La géothermie, voila bien une énergie qui ne fait plus rêver. Et pourtant, son potentiel est énorme ! Il s’agit d’une énergie renouvelable abondante et équitablement distribuée (en première approximation). Contrairement aux derniers cas que nous venons de traiter, la géothermie n’occupe pas de surfaces au sol démesurées. Elle a été exploitée dans les années 60’ pour le chauffage urbain mais est sur le déclin en raison de son cout actuel face à la concurrence des énergies fossiles. Néanmoins, de nouvelles techniques sont en cours d’évaluation et des progrès substantiels semblent à notre portée.

La solution d’avenir nous dit on serait la fusion thermonucléaire, l’exploitation des réactions qui ont lieu au cœur même de notre soleil. L’idée est séduisante : une matière première abondante (l’hydrogène), un sous produit absolument inoffensif (l’hélium), une réaction auto-entretenue mais qui ne peut s’emballer comme c’est le cas de la fission, ... Sauf que, cela fait près de 30 ans que les scientifiques nous disent qu’ils sont près d’une solution mais que les réacteurs commerciaux sont encore à des décennies d’aboutir. ITER le prochains démonstrateur mondial ne sera qu’un ... démonstrateur justement. Rien ne garanti qu’il produise bel et bien de l’énergie au lieu d’en consommer pour expérimenter la production de plasma.

Un point qu’il ne faut pas négliger non plus est la production de déchets. Non pas directement produit par la réaction mais par la pollution du blindage du réacteur (tokamak). Ce blindage doit être régulièrement changé et est hautement radioactif avec un temps de demi-vie extrêmement long.

Mais si !

Que ce soient les satellites centrales solaires, l’amélioration du rendement des éoliennes ou la recherche de la fission nucléaire, il ne faut certainement pas baisser les bras. Que du contraire, si la solution est sans doute encore bien loin, c’est une raison supplémentaire de redoubler d’efforts pour s’en rapprocher le plus rapidement possible. Car inéluctablement nos réserves elles, disparaissent dans le gouffre de nos citernes et de nos réservoirs.

Ces prochaines années nous allons assister à la réduction de la consommation personnelle d’énergie dans les pays riches du fait de l’augmentation du prix des carburants. Mais cette diminution « locale » ne va certainement pas entrainer une réduction de la consommation mondiale des énergies fossiles. Les pays émergeants ont besoin de cette source bon marché pour assurer leur croissance et l’augmentation du niveau de vie de leur peuple. C’est donc aux pays riches à faire le plus d’effort pour réduire leur consommation.

Mais si l’Humanité ratait cette transition ! Que se passerait-il si nous ne parvenions pas à remplacer les énergies fossiles par une source d’approvisionnement abondante et relativement bon marché ? Tout d’abord, les pays les plus pauvres seraient les premiers touchés (ils le sont déjà). Ils ne pourraient plus subvenir à leurs besoins les plus vitaux, plus d’industrie aucune, plus d’agriculture intensive, ... Les pays développés arriveraient encore un temps à survivre grâce aux énergies alternatives précédemment citées, mais ne pourraient plus assurer le même taux de croissance. Or nous savons tous ce que signifie la récession : chômage, appauvrissement, régression de la société, ... Touchant en premier lieu les personnes défavorisées, cette classe sociale s’élargira puis ce sera au tour de la classe moyenne. Les plus favorisé ne tiendraient plus longtemps la société à bout de bras, inexorablement l’humanité toute entière s’enfoncera dans le chaos !

Mais le plus grave serait qu’il n’y aurait aucune possibilité de revenir à un monde développé. En effet, si nous exploitons l’énergie fossile depuis l’ère industrielle (et même avant), c’est surtout grâce à son aspect technologique simple à mettre en œuvre. Et si tout est épuisé, il faudra attendre quelques millions voir milliards d’années afin de disposer à nouveau de ce type d’énergie. Nous resterions inexorablement plongés dans le moyen-âge avec des haut-fourneaux à bois et des moyens de locomotion biologiques.

Nos générations portent donc une responsabilité énorme face au future de l’humanité. Une responsabilité qui, jamais sans doute dans toute l’Histoire n’a été si déterminante. En effet, si nous ne trouvions pas de solution, nous hypothéquerions le Futur de manière irréversible !

L’énergie est vitale au développement de l’humanité et, sans aller dans le sens de la réduction, son besoin ne fera que s’amplifier de manière exponentielle. La technologie peut aider à la limitation de la consommation par unité (usine, voiture, avion, ...), mais ces dernières seront toujours de plus en plus nombreuses. Non seulement en raison du nombre d’habitants mais aussi par habitant vu la diversification des applications. Il est grand temps de prendre conscience qu’il faut agir dans le sens de l’économie mais aussi de la recherche de sources alternatives.

Malgré tout, je garde un grande confiance dans l’Humanité à trouver des solutions à ses problèmes les plus urgents.

Nécessité fait loi.



Auteur - PAB
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