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  Laurence Leboucher


(27/04/2003)

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Laurence Leboucher

A l’aube d’une nouvelle saison Vtt, notre championne nationale a accordé une interview à VTTnet.
Elle nous parle de vélo bien sûr mais aussi de sa vie extra-sportive.

Objectifs

VTTnet : A tes débuts dans le cyclisme, tu étais sur la route avec de bons résultats
(Championne de France junior, 2 fois vice-championne de France de Contre La Montre,...), pourquoi
es-tu passée au vtt ?

Laurence Leboucher : J’ai découvert le vtt un peu par hasard en 1993 lors du Paris-Roubaix VTT
auquel j’ai participé et aussi sur quelques manches nationales de XC, cela m’a plus et j’ai alors
décidé d’orienter ma carrière cycliste vers le Cross-Country.

V. : Quels sont tes objectifs 2003 par ordre d’importance ?

L.L : Les quotas olympiques pour les Jeux de 2004. Pour que la France ait le plus de
représentantes possibles à ces jeux (au moins trois), il faut que les vététistes françaises
accumulent les points UCI afin de répondre aux quotas olympiques.

Pour ce faire, il faudra forcément faire des places dans les différents championnats et coupes du
Monde et d’Europe principalement mais aussi de France. Ceux-ci font aussi partie de mes objectifs.

Mon année sera réussie si j’obtiens ma qualification pour les JO 2004 et un podium aux Championnats
du Monde.

V. : Comment s’est concrétisé le partenariat avec Commençal ?

L.L : Simplement. J’ai appelé Max un jour pour lui proposer une collaboration. Il a été un peu
surpris de mon appel mais il était partant. C’est un contrat moral entre nous qui porte sur le
matériel, rien n’a été signé et tout est basé sur une confiance mutuelle et réciproque. Je compte
d’ailleurs finir ma carrière sur les vélos Commençal.

V. : Sur quels vélos vas-tu rouler cette année ?

L.L : En VTT sur le haut de gamme rigide de la marque, Le cadre VIP Nuts2 et en cyclo-cross sur
un nouveau cadre en préparation pour l’hiver 2003-2004.

V. : Les JO de 2004, cela t’inspire ? L.L : Beaucoup, ce sera mon dernier objectif en VTT,
c’est aussi le seul titre qui me manque. L’année prochaine, je vais tout donner pour ne pas avoir
de regrets, ce seront mes dernières olympiades et j’aimerais vraiment décrocher ce titre olympique.

Questions qui fâchent

V. : Que penses-tu des instances dirigeantes du cyclisme en général et celles du vtt en
particulier ?

L.L : Il ne faut pas tomber dans la facilité et systématiquement tout critiquer mais tenter de
se placer de l’autre côté de la barrière. Il n’est pas évident de faire avec les moyens actuels du
vtt, la période est difficile en raison du manque de sponsors. Aujourd’hui la fédération essaie
malgré tout d’aider au mieux les vététistes pour qu’ils puissent participer aux épreuves mondiales
et européennes.

V. : Que penses-tu de la couverture médiatique dévolue au vtt ?

L.L : Aujourd’hui la presse spécialisée passe pratiquement sous silence la compétition en XC,
il n’y a presque plus rien sur les athlètes de haut niveau sauf peut être sur les coureurs
étrangers. La "mode" est au freeride/DH/Dual où l’effort, même s’il existe, arrive au second plan
après le plaisir. Mais en XC aussi on peut prendre du plaisir mais pour ça il faut d’abord se faire
mal.

Côté TV, c’était pas mal en 2000/2001 avec Eurosport et surtout Pathé Sport qui ont fait beaucoup
pour le vtt comme Canal Plus et sa diffusion en clair du Tour VTT quelques années auparavant.

Aujourd’hui nous avons besoin de la télé et des autres médias pour relancer le vtt. Sinon, sans
retombées médiatiques, comment attirer de nouveaux sponsors ?

V. : Le dopage, c’est plus ou moins que ces dernières années ?

L.L : Moins qu’avant même si le vtt n’était pas trop touché, la politique de la fédération
porte ses fruits. Mais il ne faut pas se leurrer, ça existe encore et ça existera toujours mais
aujourd’hui il est plus difficile ou plus risqué pour les tricheurs de se doper.

Equipe et entraînement

V. : Dans une période (qui dure) où la recherche de sponsors et d’équipes apparaît difficile
pour les compétiteurs, tu as réussi à fédérer derrière toi tout un département. Comment as-tu fait
 ?

L.L : Comme pour Commençal, j’ai pris l’initiative et j’ai eu la chance de rencontrer des
personnes qui m’ont suivies, même s’il est clair que mon palmarès a aussi joué en ma faveur. La
Sarthe est un département sportif et son conseil général mise beaucoup sur cet aspect. Chaque année
en tant que sportive de haut niveau, je participe à des rencontres avec des jeunes organisées par
le conseil général à propos du vtt et parfois aussi d’autres sports. Je me rends aussi avec mon
employeur (La Poste) dans les écoles.

J’ai eu la chance de fidéliser presque à mes débuts deux sponsors extra-sportifs (Les
Biscuiteries de l’Abbaye, une entreprise de l’Orne et le département de la Sarthe), ce qui m’a
permis d’être plus sereine concernant cette partie presque vitale d’une carrière sportive.

V. : Est-ce difficile de gérer son équipe ?

L.L : Ca ne me dérange pas, j’aime autant le faire moi-même. Même dans les équipes plus
importantes, il faut parfois aussi le faire, là au moins tu ne rends de comptes qu’à toi-même. Mon
ami m’aide aussi beaucoup. Depuis l’année dernière et l’intégration d’une cadette dans mon équipe,
il faut aussi gérer les contraintes scolaires. + Avoir la liberté de choisir mon calendrier et mes
déplacements et la logistique qu’il faut mettre en place pour chaque course. - Faire les dossiers
de sponsoring extra sportif pour avoir des réponses très souvent négatives.

V. : Une cadette (Lucie Garnier) fait partie de ton équipe depuis 2002. Qu’est ce qui t’a
motivé à encadrer une jeune vététiste ?

L.L : Je n’ai pas eu la chance d’avoir une aide de haut niveau à mes débuts, et même s’il
s’agit d’abord d’une aide au niveau du matériel, j’avais envie de faire profiter une jeune de mon
expérience. En plus, elle habite près de chez moi. Ce sont ses frères qui m’ont parlé de Lucie, je
suis allé la voir en course. Son tempérament et sa motivation m’ont plu et convaincue. Alors si je
peux lui permettre de progresser et d’avoir la possibilité de faire une carrière, j’en serai très
heureuse.

V. : Comment prépares-tu une saison de vtt ? Quelle est la base de ton entraînement ?

L.L : Je me base beaucoup sur mon expérience et sur les objectifs que je me suis fixés. Je fais
pas mal de route tout au long de l’année. En hiver je fais du cyclo-cross, ça me permet de rester
en forme et de ne pas trop perdre en technique vtt. Comme j’aime la compétition, cela me motive
aussi pour m’entraîner car les sorties hivernales sont plus pénibles avec le froid et le mauvais
temps. Je roule entre 12 et 16h (parfois moins) par semaine avec 1 à 2 jours de repos dans la
semaine. Cela varie suivant les objectifs à venir. Je "coupe" aussi plusieurs fois dans l’année par
périodes d’une semaine maximum.

V. : Es-tu tentée par une autre discipline du vtt (descente, dual,...) ? L.L : Non. La
descente n’est pas mon truc, je suis trop "vieille" mais plus jeune cela m’aurait tenté. Je suis
venue assez tard au vtt (à 24 ans) et j’ai choisi le Cross Country, ma façon de pratiquer le vtt
est donc très liée à cette discipline.

V. : En 1996, tu termines deuxième du Tour VTT. Aimais-tu
le concept de cette épreuve (course et bivouac) ? Penses-tu que la réapparition de cette épreuve au
calendrier international VTT serait intéressante ? L.L : Le concept était intéressant et
j’appréciais le bivouac, de part son côté "camping" il favorisait le contact et les liens entre
tout le monde. C’est la société du Tour qui organisait le Tour VTT, ce qui lui donnait une certaine
crédibilité. Il est certain que si le Tour revenait au calendrier, ça ne pourrait que faire du bien
à notre sport.

V. : Tu es troisième du Championnat du Monde de cyclo-cross en 2003 après en avoir décroché le
titre l’année précédente, qu’est-ce qui t’a décidée à t’aligner sur les épreuves de cette
discipline ? As-tu l’intention de continuer à t’y engager ?

L.L : J’aime le cyclo-cross et j’allais souvent voir des épreuves avant de me mettre au vtt.
J’aime l’ambiance et la proximité du public. Lorsque j’ai gagné le championnat du Monde en 2002
devant plusieurs milliers de personnes c’était vraiment impressionnant ! C’est aussi assez proche
du Cross-Country. Que ce soit au niveau du circuit, de la technique ou de la gestion de la course.
Je compte courir en cyclo-cross jusqu’à l’hiver 2004-2005, ensuite j’arrête.

V. : Comptes-tu, comme Nicolas Vouilloz ou Anne-Caroline Chausson, t’aligner sur des épreuves
de masse après ta carrière ?

L.L : Je ne sais pas, peut être des cyclo-sportives même si ce n’est pas trop vtt.

V. : La transition vtt/cyclo-cross se fait-elle facilement ? Les courses se gèrent-elles de la
même façon ?

L.L : Oui, la transition est assez facile et les deux disciplines sont assez similaires et
complémentaires. Une course de cyclo-cross comme une course de XC part vite. Le vtt me permet en
cyclo-cross de bien gérer mon effort et le cyclo-cross me permet de ne pas trop perdre en technique
pendant l’hiver.

V. : Quels conseils donnerais-tu aux jeunes qui voudraient suivre la même voie que toi ?

L.L : D’être vraiment passionnés et motivés sinon ce n’est pas la peine, le Cross-Country est
une discipline exigeante et dure.

Présent et avenir

V. : Tu travailles à La Poste. Comment fais-tu pour concilier tes vies professionnelles et de
sportive de haut niveau ?

L.L : Je travaille toujours à Alençon dans l’Orne. En tant que sportive de haut niveau, je
bénéficie d’une adaptation de mon temps de travail. Concilier sport et travail ne me pose pas de
problèmes et La Poste me permet de privilégier les épreuves de XC. En retour, toute ma
communication en direction des médias passe par La Poste.

V. : Aujourd’hui, parviens-tu à vivre correctement de ton sport ? L.L : Je peux continuer
grâce à mon statut de sportif de haut niveau à La Poste, ça me permet d’être financièrement plus
sereine. Si je n’avais pas ce travail, j’aurais arrêté depuis longtemps.

V. : Et la vie privée, est-ce facile à gérer quand on est souvent en déplacement ?

L.L : Oui parce que j’ai mon équipe "perso" et que mon ami m’accompagne pratiquement tout le
temps car il a opté pour un travail à mi-temps pour pouvoir me soutenir.

V. : A quoi ressemble une journée normale de Laurence Leboucher ?

L.L : Il y a le vélo, matin ou après-midi parfois les deux. Ensuite l’organisation de mes
différentes courses à venir, préparation des déplacements, les coups de fil à passer, mon boulot à
La Poste. Mes journées sont bien remplies !

V. : Comment vois-tu ton avenir dans le vtt et celui de ta discipline ?

L.L : Je roule encore en vtt jusqu’en 2004, il me reste donc deux saisons à courir.
Aujourd’hui l’élite est mieux séparée de la masse des pratiquants qu’il y a quelques années où tout
le monde courait avec tout le monde.

Le vtt est devenu plus mature, la meilleure preuve est qu’il est devenu sport olympique. L’avenir
de ma discipline comme celui du vtt en général n’est pas si noir, le vtt n’est pas perdu.
Actuellement tous les budgets sportifs sont touchés à cause de la situation mondiale actuelle.

V. : Si des choses sont à changer, lesquelles et pourquoi ? L.L : C’est un classique mais
plus d’argent permettrait de changer ou améliorer pas mal de choses. Par exemple : - médiatiser
plus les épreuves, - pour chaque événement important faire un circuit élite adapté aux
retransmissions TV et un autre privilégiant l’aspect nature et découverte du vtt où tout un chacun
pourrait s’inscrire. - de plus grosses primes de résultats pour attirer les jeunes.

V. : Y a-t’il une vie en dehors du VTT ?

L.L : Bien sûr ! J’aime le calme que procure la pêche, je fais aussi un peu de motocross, je
m’occupe aussi de la réfection de la maison. Lorsque ma carrière sera terminée, je pourrais faire
plus de choses puisque je n’aurai plus les contraintes de courses (les week-ends bloqués par
exemple).

V. : As-tu déjà songé à ta reconversion ?

L.L : Oui et j’y pense de plus en plus. Pour l’instant j’hésite entre rester à La Poste ou
passer mon professorat de sport pour exercer ensuite dans le vélo en général. Rien n’est encore
fixé et il me reste encore un peu de temps pour me décider.

V. : Le meilleur souvenir de ta carrière ? Le pire ? L.L : Ca ne va pas faire très vtt
mais mon meilleur souvenir reste ma victoire au Championnat du Monde de cyclo-cross à Zolder en
2002, devant mes supporters (qui avaient fait le déplacement de la Sarthe) et 56000 autres
personnes. Peut être parce que je n’y croyais pas trop avant le départ et que ce fut alors une
énorme surprise et aussi parce qu’une foule aussi importante sur tout le circuit ça donne le
frisson. Le pire n’est pas non plus très vtt. C’est en 1989, lorsque je termine seconde du
championnat régional sur route parce que je ne savais pas encore bien gérer une course. J’ai
toujours eu horreur de perdre.

V. : Le rêve que tu aimerais voir exaucer ?

L.L : Devenir championne olympique au JO de 2004 pour finir ma carrière en apothéose. Ca c’est
VTT !

V. : Quelles sont tes qualités et défauts ?

L.L : J’ai beaucoup de caractère et je suis exigeante dans la vie sportive et de tous les
jours. Ca peut aussi bien se considérer comme défaut que comme qualité. Qualités : gros mental
Défaut : caractérielle parfois et j’aime la bonne cuisine (plutôt incompatible avec le haut niveau
 !)

Merci encore à Laurence pour sa disponibilité lors de cette interview. Si vous avez l’occasion de
vous rendre sur des manches nationales ou internationales de Vtt, n’hésitez pas à l’encourager.

Quelques Liens

- Site de Laurence
- Commençal


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