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  Christophe Dupouey, entretien avec un champion du monde


(1er/02/2000)

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Dès l’annonce de la venue de Christophe Dupouey chez Commençal Bicycles nous souhaitions en savoir plus. Celui qui a tout remporté en 1998, Championnat de France, d’Europe, du Monde, Roc d’Azur, Coupe de France, obligé de pointer au chomage fin 99 parce que Sunn licencie ses coureurs, rejoint Max Commençal celui-là même qui était viré de sa propre boîte quelques mois plus tôt. Un feuilleton à rebondissement dans les paddocks et l’histoire du VTT français, mais surtout une alliance hors du commun entre un des meilleurs champions de VTT qui soit et un entrepreneur compétent et enthousiaste.

Nous avons donc contacté Christophe pour qu’il nous explique cette saison 99 un peu particulière, mais surtout qu’il nous donne ses objectifs 2000 et son opinion sur l’avenir du VTT. Un personnage à part dans le monde du VTT, un peu solitaire, qui dit ce qu’il pense et qui dispose d’une grande force de caractère. Un grand champion.

L’interview

VTTnet : Christophe, merci d’avoir accepté de répondre à VTTnet. La première question qu’on a envie de te poser après l’annonce de la nouvelle de ton recrutement chez Commençal Bicycles, c’est pourquoi Commençal plutôt qu’un grand team américain par exemple avec de gros moyens ?

Ch.Dupouey : La réponse va être claire : ce qui s’est passé c’est que le VTT est un petit domaine , pas comme la route, et fin 1998 tous les coureurs étaient en fin de contrat. Tout le monde a re-signé pour 2 ans jusqu’aux Jeux Olympiques. Nous, nous avons été licenciés par Sunn mi 99, et il n’y avait pas d’argent pour prendre Christophe Dupouey dans un grand team.

VTTnet : C’était trop tard ?

Ch.Dupouey : Il y a beaucoup de gens qui ont voulu me brader, et j’ai préféré choisir mes sponsors et être seul dans un team et une marque qui n’était pas connue.

VTTnet : Finalement c’est ce qui t’a réussi ?

Ch.Dupouey : Oui c’est à dire qu’avec Max j’ai tout oublié. Les gros problèmes que j’ai eus avec Sunn n’étaient pas dûs à Commençal, il faut le dire aussi. Tant que Commençal était là j’étais payé et quand ça a changé de patron on nous a foutu dans la m.... jusqu’au cou.

VTTnet : Est-ce qu’il y avait un symbole dans ce choix ?

Ch.Dupouey : Non mon choix était de ne pas aller me brader dans n’importe quelle équipe et comme personne ne voulait faire un effort, c’est moi ai pris le taureau par les cornes et qui ai demandé à Commençal si il pouvait me prendre. Sachant que pour lui, se relancer dans la compétition n’était pas prévu avant 2001, mais avec moi c’était plus facile puisque j’ai beaucoup de sponsors qui m’aident, et trouver un budget n’a donc pas été un problème.

VTTnet : Donc tu avais prévu de gagner au Roc d’Azur ?

Ch.Dupouey : Au Roc d’Azur c’était un peu pareil, tout le monde me regardait comme un chien de faïence ; il n’y avait aucun grand team qui avait voulu me signer à partir du mois d’août, et j’ai dit "comme le Roc c’est une course populaire, où il y a la télé, autant faire de la pub à quelqu’un qu’on connait pas". C’est vrai que c’était un peu un pari parce que si j’avais fait deuxième on ne m’aurait pas loupé.

VTTnet : On vient donc d’apprendre qu’avec Max c’est parti pour la saison 2000, avec un gros objectif, les Jeux Olympiques, mais est-ce que tu feras quand même la Coupe du Monde ?

Ch.Dupouey : Mes objectifs 2000 ne dépendent pas du budget, puisque le budget on l’a, mais dans cette saison tout est décalé puisque le mondial est au mois de juin, et pour moi il faut bien commencer à San Fransisco (NDLR : 1ere manche de la Coupe du Monde le 26 mars), sans avoir vraiment la pression, et pouvoir arriver au point sur les manches de Coupe du Monde en Europe pour préparer le Championnat du Monde en Espagne, ensuite couper un petit peu et faire pas mal de route, et faire comme les autres années, c’est à dire revenir en forme un mois avant Sidney. Je sais que je ne peux pas gagner toutes les courses. Jusqu’à maintenant depuis 3 ans en me mettant des objectifs je suis toujours arrivé à faire quelque chose de bien. Cette année ce n’est pas parce qu’il y a les Jeux que je vais essayer de tout gagner. Pour moi ce sera le Mondial et les Jeux. Mais si je peux gagner des Coupes du Monde, je gagnerai des Coupes du Monde.

VTTnet : Sur quel vélo vas-tu courir ?

Ch.Dupouey : Sur le vélo que j’avais au Roc d’Azur, le Supernormal, un petit peu amélioré (NDLR : par rapport au montage usine).

VTTnet : Est-ce que tu penses que tu aurais les mêmes résultats avec n’importe quel vélo, si demain par exemple tu devais courir avec un Cannondale ou un Specialized ?

Ch.Dupouey : L’avantage que j’ai avec Commençal c’est que je peux avoir le vélo que je veux, dans la matière que je veux, avec ou sans suspension. C’est l’avantage d’être seul dans le Team pour l’instant. Et ce n’est pas parce ce que je roule aujourd’hui pour Commençal, mais j’ai toujours dit depuis le Roc que le Supernormal est le meilleur vélo que j’ai essayé depuis 5 ans. C’est un vélo rigide qui rend énormément, et léger. C’est vrai que j’ai de très bonnes sensations avec ce vélo.

VTTnet : On voit des marques comme Giant qui veut faire rouler Dominique Arnould et Yohann Vachette sur du tout-suspendu, Cannondale qui veut faire rouler Cadel Evans sur le Jeckyll, etc...Que penses-tu des tout-suspendus dans le cross-country ?

Ch.Dupouey : L’avantage d’être sur Commençal c’est que l’on ne m’impose rien. Sur une Coupe du Monde actuellement il n’y a pas de circuits techniques comme il y a 5 ans. Ce sont des circuits qui sont assez propres. Je sais que sur certaines Coupes du Monde, même avec une rigide je n’aurais pas de problèmes. Avant nous avions des fourches Obsys, et quand on voit ce que sont les fourches Obsys avec 2,5 cm de débattement, c’était quasiment du rigide. Pour moi rouler avec un tout-suspendu aujourd’hui ce serait une punition.

VTTnet : Rouler sans équipier au milieu des grands teams, est-ce que ce ne sera pas un handicap ? Tu ne pourras pas faire de course d’équipe....

Ch.Dupouey : La course d’équipe, à part quand j’étais avec Miguel.... mais même, Miguel ne m’a jamais aidé sur une course, par contre moi je lui en ai fait gagner pas mal. Ma grande force c’est que moralement je suis peut être au dessus de beaucoup de monde au niveau tactique de course, et sur une Coupe du Monde il n’y en a pas cinquante à surveiller. En VTT l’avantage c’est ça : quand un gars est bien on le voit de suite. On ne peut pas se cacher. Il suffit d’accélérer une fois et on voit qui c’est qui fait le premier effort. Et on voit très vite celui qui marche et celui qui ne marche pas.

VTTnet : Alors justement cette année, qui est-ce que tu vas surveiller ?

Ch.Dupouey : Toujours les mêmes ! Cadel Evans qui est un gars qui est très très fort et qui l’a prouvé, Miguel, Hoydahl si il redevient le Hoydahl de 96-97, Frischknecht qui est dangereux dans toutes les courses, Meiraeghe qui est hyper dangereux sur les circuits roulants style Saint Wendel. Après il faut savoir analyser les coureurs pour savoir qui peut marcher à tel endroit. On est une dizaine à pouvoir gagner une Coupe du Monde. Il y a Sauser aussi qui a fait une belle saison l’année dernière.

VTTnet : Tu vois des jeunes qui montent ?

Ch.Dupouey : Les jeunes ?! : Sauser, Evans, Martinez. Ils ont quand même 23-24 ans. Il y a Van Dooren aussi.

VTTnet : Parlons du côté obscur du VTT : on voit que la compétition prend une drôle de tournure parfois, on voit le dopage, on voit des courses arrangées comme le Championnat de France 99, c’est plutôt des affaires qui relevaient de la route jusqu’à présent, qu’est-ce-que tu en penses ?

Ch.Dupouey : Sur la route c’est vrai qu’on peut trouver des critériums où il y a 5-6 gars qui se mettent ensemble, mais bon cela existe depuis que le vélo existe. Certains coureurs ont cependant tendance à faire n’importe quoi. A propos du Championnat de France 99, si la fédé prenait un peu plus de sanctions.... Les coureurs devaient passer en conseil de discipline et on va bientôt être 1 an après l’évènement et ça n’a pas eu lieu. Donc soit on ferme les yeux et on dit rien, soit on s’impose. Dans ces problèmes on retrouve toujours les mêmes coureurs. Quand un annonce à tout le monde la veille qu’il ne veut pas être Champion de France, et qu’il fait n’importe quoi le lendemain.... Il y a mille façons de faire gagner quelqu’un d’autre, mais il faut le faire intelligemment, et ce jour là ça n’a pas été fait !

VTTnet : Et à propos du dopage, penses-tu que le VTT est aussi sévèrement touché que les autres sports ?

Ch.Dupouey : Si je dis qu’il n’y a pas de dopage dans le VTT, je mens. Ce n’est pas à moi de faire la police, de dire qui se dope, qui ne se dope pas. La fédé et l’UCI font ce qu’il faut pour lutter contre cela.

VTTnet : Est-ce que tu penses que le contrôle longitudinal va porter ses fruits ?

Ch.Dupouey : Nous allons le voir. Ce que je vois aussi c’est que cela coûte 2000F par coureur, entre tests de VO2 max, échographie du coeur, analyse de sang. Je veux bien participer à la lutte contre le dopage mais si il faut pour un coureur débourser cette somme pour prouver qu’il est net, je trouve qu’on va un peu loin.

VTTnet : A 32 ans, est-ce que tu as songé à l’après compétition ?

Ch.Dupouey : (rires) déjà j’ai failli arrêter cet hiver. Mais je vais faire encore 3 années complètes, et si dans 3 ans je suis encore Champion du Monde, j’arrêterai pour faire autre chose que du vélo.

VTTnet : Tu veux rester dans le domaine ?

Ch.Dupouey : Team manager ou être dans une équipe ne m’intéresse pas pour être parti de la maison tous les week-ends, mais il y a dans la région (les Pyrénées) des choses qui vont se passer d’ici 2 ans dans le domaine du vélo et du sport.

VTTnet : Et cela tu ne veux pas en parler ?

Ch.Dupouey : Ce sont encore des projets. Les budgets sont faits mais rien n’est encore construit.

VTTnet : Des choses autour des sports nature ?

Ch.Dupouey : Oui, des choses à la portée de tout le monde.

VTTnet : Question induite : quand on est coureur de haut niveau comme toi, est-ce que l’on vit confortablement ?

Ch.Dupouey : Quand on fait dans les 3 premiers, on gagne des sous, pas quand on est dix ou vingtième.

VTTnet : Et est-ce que les primes de courses grossissent avec la notoriété grandissante du VTT ou est-ce que l’on gagne toujours la même chose qu’il y a 4 ou 5 ans ?

Ch.Dupouey : Disons que c’est un peu le jeu de l’offre et de la demande. On sait se vendre ou on ne sait pas. On est pas cinquante à bien gagner notre vie, et je ne me plaint pas, j’ai toujours été bien payé en fonction de mes résultats.

VTTnet : Qu’as tu fait des VTT utilisés pendant ta carrière ?

Ch.Dupouey : Très bonne question (rires). J’ai reçu deux lettres avec accusé de réception en 3 mois de la part de Sunn, me demandant de restituer le matériel, et quand je dis le matériel, ça va de la montre Polar au Compex, en passant par les roues, les vélos, etc... Et actuellement comme je suis en procès avec eux, si cela se passe bien je rendrai tout le matériel. Sinon je préfère en faire bénéficier des jeunes qui n’ont pas les moyens de s’acheter des vélos, plutôt que de leur rendre quelque chose qui ne leur appartient pas.

VTTnet : Est-ce que tu t’entraînes tout seul ou est-ce que tu as une assistance pour t’entraîner ?

Ch.Dupouey : En janvier et février c’est beaucoup de sorties en groupe parce qu’il y a pas mal de coureurs dans la région, mais c’est quand même souvent tout seul. En début de saison c’est agréable de rouler en groupe, mais dès les premières courses je préfère m’entraîner seul, comme ça je vais où je veux, si j’ai envie d’accélérer, j’accèlere, si j’ai envie de ralentir, je ralentis, et je fais du bon travail.

VTTnet : Tu habites dans les Pyrénées, Commençal est en Andorre. Est-ce que cette proximité t’apporte quelque chose ?

Ch.Dupouey : Non parce que les Pyrénées c’est large, de Perpignan à Bayonne, et Andorre est quand même à trois heures de route de là où je me trouve.

VTTnet : Et quand tu ne fais pas de VTT, tu fais quoi ?

Ch.Dupouey : Et bien, cela étonne beaucoup de gens, mais quand je suis à la maison je ne touche jamais le VTT, uniquement de la route, parce que cela m’a toujours réussi comme ça. Cela m’oblige à changer de vélo, et la motivation sur un vélo de route n’est pas la même que sur un VTT.

VTTnet : J’ai une question un peu particulière : sur VTTnet il y a des débats éternels entre par exemple les partisans des tout-suspendus contre les adeptes du rigide, et il y a aussi ceux qui graissent les coins carrés et ceux qui ne les graissent pas. Alors, toi est-ce que tu graisses les coins carrés des manivelles ?

Ch.Dupouey : On m’a toujours dit que si on graissait ça craquait ! Ce sont des pièces qui sont usinées pour être ensemble. Je ne les graisse pas.

VTTnet : Dernière question, quand est-ce que tu te connectes à Internet pour lire VTTnet ?

Ch.Dupouey : Je dirais que je suis un peu de l’ancienne génération (rires), mais il va falloir que je m’y mette au plus vite. J’ai eu du mal à m’y faire mais c’est un plus déjà pour travailler, avec le team par exemple, et mon prochain achat ce sera ça.

VTTnet : Donc on se retrouvera sur Internet bientôt. Merci Christophe de nous avoir accordé cette interview et bonne chance pour la suite de ta saison.

Ch.Dupouey : Merci. Au revoir.

Curiculum vitae
Né le 8 août 1968 à Tarbes.

Habite Momères dans les Hautes-Pyrénées
Marié à Valérie, deux filles

Mensurations : 1,77 m, 60 kg

Palmarès : Champion d’Europe 96, vainqueur de la Coupe du Monde 96, 2ème de la Coupe du Monde 97, Champion de France 98, Champion d’Europe 98, Champion du Monde 98, 1er de la Coupe de France 98, et des Roc d’Azur 98 et 99, 6 victoires en Coupe du Monde.



Auteur - Phil




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