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  Daniel BAAL président de la FFC


(/03/2001)

<REP|SITE/2001/baal>

Interview de Daniel BAAL président de la FFC

Dans le cadre de l’action de prévention "La règle du Jeu" initiée par la Française des Jeux,
Jean-Paul Stephan (JPS) questionne Daniel Baal (DB) président sortant de la FFC (fédération
Française de Cyclisme) à propos de sa présidence et de la situation de la fédération.


La mentalité du cyclisme

JPS : Monsieur le président, ne pensez-vous pas que le cyclisme souffre obligatoirement d’un
déficit de formation à partir du moment où, pour pratiquer ce sport, on part "seul sur la route" (à
la différence du judo par exemple où la formation est dispensée dans un lieu spécifique et
obligatoirement encadré) ?

DB : Il est clair que la forme même de pratique du cyclisme, au moins sur route et en VTT, amène
à ce qu’il soit plus difficile de mener des actions de formation, car souvent le sportif est sans
encadrement. Mais c’est un peu la nature de ce sport. C’est pourquoi les clubs locaux devraient
jouer un rôle plus important, dans la proximité du sportif. Encore faut-il que les clubs acceptent
un vrai encadrement compétent en leur sein ?

JPS : En cyclisme, on gagne de l’argent (prix et primes) dès la catégorie minimes. En handball
ou natation par exemple, un champion régional gagne une coupe et s’en contente ?d’où vient à votre
avis la précocité de cette motivation par l’argent ?

DB : Cette tradition de l’argent dès les jeunes est très nocive. J’ai voulu la supprimer, mais
je me suis vu opposer un maximum de refus, à tous les niveaux, certains clubs, éducateurs,
dirigeants, comités régionaux ? Il faudra bien un jour redonner aux jeunes l’envie du sport pour le
sport et non pour l’argent. Mais il y a encore bien du monde à convaincre de cette évidence.

JPS : Beaucoup de cyclistes ont un niveau d’études relativement bas. Pensez-vous que ceux ci
sont plus à mêmes d’être attirés par les déviances (mafias et dopage pour l’argent) dans la mesure
où leur niveau de formation intellectuelle ne leur laisse que peu d’avenir professionnel ?

DB : Le sport permet parfois à ceux, peu doués pour autre chose, de se révéler. C’est certain
et, en fait, c’est bien. Malheureusement, certains sont à l’affût pour proposer les déviances aux
plus faibles.

JPS : Dans mon team (Lapierre), Jean-Christophe Péraud parvient à poursuivre des études
d’ingénieur tout en faisant partie des dix à quinze meilleurs vététistes du pays. Cet équilibre
vous paraît-il anodin, important, essentiel, ... Pourquoi ?

DB : Un exemple pareil mérité d’être pleinement mis en exergue.

JPS : Les oreillettes me semblent "tuer" l’esprit sportif d’une course, réduisant les coureurs
à des "man ?uvres" du cyclisme. C’est encore pire chez les nationaux que chez les pros, car seuls
les clubs "riches" en possèdent. Ne pensez-vous pas qu’il est grand temps de supprimer ces
artifices et retrouver un cyclisme où on prend des risques, des initiatives ?

DB : Tout à fait d’accord. C’est une des propositions que j’ai faites dans ma lettre à tous les
comités, dirigeants fédéraux et cadres techniques, de mai dernier, proposant une véritable
révolution culturelle.

JPS : D’un point de vue plus général, je pense que les artifices technologiques qui font du
coureur un simple "applicateur de consignes" favorisent le risque de dopage, en privilégiant la
seule valeur physique au détriment de l’intelligence de course. Qu’en pensez-vous ?

DB : Le sport, c’est la tête et les jambes. L’éducateur et l’entraîneur doivent aller dans ce
sens.

JPS : L’essor du vtt aurait pu facilement relancer le cyclo-cross qui se meurt au niveau
régional, mais les décideurs du cyclisme se sont empressés de réglementer à outrance leur
participation (largeur des pneus, interdiction des embouts ?). Comment peut-on expliquer que des
dirigeants du cyclisme aient des ?illères au point de ne pas voir certaines opportunités
flagrantes ?

DB : Qu’on le veuille ou non, hélas, aujourd’hui certains en sont encore à considérer que le VTT
est un concurrent du cyclisme, alors que c’est tout simplement une des formes de pratique de ce
sport.

JPS : De manière plus générale, ne pensez-vous pas que la communication entre la FFC et ses
pratiquants soit un chantier essentiel à ouvrir à court terme ?

Oui. Le vaste débat que j’ai lancé mi-2000 sur l’avenir du cyclisme ne s’est pas déroulé comme
je l’aurai voulu. Les comités régionaux et départementaux devaient être les relais entre les clubs
et la Fédération. Certains n’ont rien fait. C’est très regrettable. Dans un même ordre d’idée, il
aurait été bon de rapprocher les clubs de la Fédération en leur permettant de participer (au besoin
par vote par correspondance) à l’AG de la FFC. La réforme des statuts que j’avais proposée en ce
sens a été rejetée il y a un an. Il faudra bien réouvrir ce chantier.

JPS : Dans le même ordre d’idée, ne pensez-vous pas que la fédération ait un besoin urgent de
s’ouvrir aux compétences extérieures (cf problème des équivalences entre un B.E et un CAPEPS ou une
agrégation EPS ?) pour se sortir d’un fonctionnement en "vase clos" qui pérennise les "habitudes" au
lieu de favoriser l’esprit d’innovation et "d’éducation sportive" ?

DB : La Fédération le fait déjà. Peut-être faudra encore aller plus loin. Mais attention à la
chasse aux sorcières. Le cyclisme a aussi besoin de compétences " intérieures ".

Le dopage


JPS : Dans "Ciel mon mardi" du 23 janvier dernier, vous étiez invité ainsi que Erwann Menthéour.
Ce dernier disait ne connaître que deux cyclistes "propres" (Delion et Bassons), alors que vous
sembliez moins catégorique dans votre jugement. À quel "taux de contamination" du cyclisme pro
estimez-vous le dopage ?

DB : Dire que deux cyclistes sont propres et tous les autres des tricheurs est simpliste et sans
doute faux. En tout cas, cela ne peut pas être démontré. Il faut éviter de jeter systématiquement
la suspicion sur les sportifs performants, cyclistes ou autres. Je ne sais évidemment pas combien
de coureurs cyclistes pros ont eu, ou ont, recours au dopage. Si je le savais avec certitude, nous
avancerions plus vite. Cela étant, j’ai le sentiment que le cyclisme est aujourd’hui sur la bonne
voie.

JPS : Quelques initiatives naissent et évoluent ça et là contre le dopage dans le cyclisme. Ne
pensez-vous pas qu’il serait important qu’elles puissent "s’organiser en réseau" pour augmenter
leur coordination (donc leur force) ? Si oui, la FFC a-t-elle les moyens de faire quelque chose en
ce sens ?

DB : Le cyclisme est sans doute le sport qui a pris le plus d’initiatives en matière de lutte
contre le dopage. Il me semble qu’aujourd’hui, on ne peut pas faire de grands reproches aux
dirigeants nationaux et internationaux du cyclisme. A la base, les mentalités de beaucoup ont bien
évolué, mais il faut encore continuer. Davantage d’initiatives pourraient être prises à la base.

JPS : Vous avez été mis en examen (et avez rapidement bénéficié d’un non lieu) dans le cadre
de "l’affaire Festina", alors que vous êtes parmi les dirigeants qui se battent le plus contre le
dopage. Pouvez-vous décrire le processus qui amène un des principaux acteurs de la lutte antidopage
à se retrouver mis en examen dans le cadre d’une affaire de dopage ?

DB : La réponse est simple : de vrais délinquants cherchaient à faire partager leurs vraies
responsabilités dans l’organisation du dopage par d’autres. Et le juge s’est engouffré dans la
brèche. Même la Justice peut se tromper...

JPS : Lors du "procès Festina", Willy Voët et certains coureurs ont laissé entendre que les
instances dirigeantes faisaient "la pluie et le beau temps" en termes de contrôles, qu’elles
pouvaient "pincer" un coureur si elles le voulaient ?que pensez-vous de ces allégations ?

DB : Lors du procès Festina, c’était souvent la palme à celui qui raconte le plus d’insanités.
Salir des gens sérieux et honnêtes ne fait pas peur à des délinquants, surtout lorsque le système
médiatico-judiciaire l’encourage.

JPS : Le secret médical est souvent détourné de son rôle par ceux qui veulent tricher.
Pensez-vous qu’il y a une possibilité de "réduire" ce secret ou pas ?

DB : J’espérai qu’on pourrait avancer dans cette voie. Je suis aujourd’hui obligé d’admettre
qu’il s’agit d’un principe sacro-saint dans notre société de liberté. Jamais les lois n’évolueront
sur ce sujet.

JPS : Pouvez-vous nous décrire ce qu’un président de fédération peut faire pour un sport
propre, et les domaines sur lesquels il n’a pas de prise ?

DB : En France, un président de Fédé a des moyens, mais ils sont limités. La lutte contre le
dopage a été " nationalisée " par la Loi Bambuck. Ainsi seuls le Ministère de la Jeunesse et des
Sports et ses Directions Régionales peuvent-ils organiser des contrôles anti-dopage. Pour le reste
une Fédé a un rôle d’éducation, de prévention, de réglementation, etc. Dans beaucoup de Fédés, il
ne se fait rien. A la FFC, certains estiment qu’on en fait trop.

JPS : Si vous aviez un message à donner aux jeunes qui ont envie de faire du vélo, quel
serait-il ?

DB : Le vélo est un sport magnifique. Il faut encourager les jeunes à aller vers ce sport. Et il
faut qu’ils l’apprécient pleinement, en le pratiquant sainement.

Votre présidence


JPS : Durant toute la durée de votre mandat, vous avez agi de manière très claire, faisant
preuve d’un grand dynamisme et d’autant de volonté par rapport à de grands "chantiers" comme le
dopage, les mafias, l’argent en compétition ou la manière d’élire le président de la fédération.
Vous attendiez vous à des réactions aussi "molles" du monde du cyclisme face à ces initiatives ?

DB : Le monde du cyclisme est conservateur par nature. Pour ma part, j’essaye de regarder vers
l’avant, plutôt que de contempler le passé. Mais il faudra bien continuer à évoluer. Et je suis
convaincu que la nouvelle équipe fédérale, dirigée par Jean Pitallier, ira dans ce sens.

JPS : Durant votre présidence, vous avez essayé d’augmenter le niveau de communication au sein
de la fédération (réunions inter comités, développement du courrier électronique, état des lieux
des problèmes du cyclisme récemment, vous mettez un point d’honneur à répondre aux courriers qu’on
vous envoie, etc.). Au terme de votre présidence, considérez-vous avoir réussi dans cette
entreprise ?

DB : Pour communiquer, il faut qu’il y ait une vraie volonté de toutes les parties. Il faut
aussi que les relais fonctionnent bien. Et évidemment ce n’est pas facile. La structure trop
pyramidale que nous connaissons ne facilite pas les choses.

JPS : Compte tenu du peu d’entrain (voire de l’hostilité parfois) manifesté à l’encontre de
vos grands axes de lutte, pensez-vous que vous vous y prendriez de la même manière si c’était à
refaire ?

DB : Je ne crois pas que la manière seule aurait pu faire changer les choses. Face à de vraies
réticences, il faut remettre l’ouvrage sur le métier sans cesse et laisser faire le temps.

JPS : Un mot, un seul, pour décrire le sentiment que vous laisse ces années de mandat
présidentiel ?

Une extraordinaire expérience de vie.

JPS : À votre avis, quels sont les "chantiers prioritaires" pour le prochain président, et si
vous aviez un conseil à lui donner, quel serait-il ?

DB : Poursuivre la voie tracée dans la reconstruction du cyclisme et de son image est essentiel.
La bonne orientation est déjà prise, il faut persévérer. Pour le reste, je n’ai pas beaucoup de
conseils à donner à Jean Pitallier, homme d’expérience et de bon sens, qui s’affirmera vite comme
un excellent Président.



Auteur - Jean-Paul STEPHAN




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