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  5 - (di)Gérer les premières compétitions (pour les jeunes et leurs parents surtout)


(/01/2001)

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L’entraînement est un processus de longue haleine qui permet de se présenter au départ des compétitions "objectifs" en pleine possession de ses moyens. Mais s’entraîner correctement ne peut amener tous les coureurs à gagner des courses. C’est la dure loi du sport, il n’y a qu’un vainqueur par épreuve. Et chacun sait que certains sont plus aptes au départ à réaliser des performances, grâce à des qualités innées (qualités des fibres musculaires par exemple).

Dans ces conditions, ce qui est essentiel lorsque les compétitions débutent, c’est de S’ACCEPTER. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas chercher à s’améliorer, mais que si les résultats ne sont pas excellents, il ne faut pas se décourager pour autant.

Pour certains des résultats moyens ne seront pas un problème, pour d’autres si.

Qu’est ce qui peut faire qu’un coureur accepte ou pas ses limites ?
C’est une question importante, elle conditionne beaucoup de comportements en course et à l’entraînement.
Un premier facteur est le niveau d’attente du coureur. Certains font de la compétition pour le plaisir, quel que soit le résultat ils y trouvent leur compte : ça leur est bénéfique de faire des efforts, cultiver la volonté ?d’autres voient les choses différemment, ils ne considèrent que le résultat. Le cyclisme est leur "domaine d’excellence", ils n’acceptent pas (ou mal) d’être battus dans ce domaine, même si dans d’autres secteurs (école, travail ?) ils n’ont pas cette attitude de recherche de performance. Quand la course tourne mal, ce type de coureur préfère parfois abandonner tout en se cherchant des excuses plutôt que de vivre une défaite, refusant d’accepter la supériorité d’un adversaire. Cette attitude se retrouve même à l’entraînement, elle est très pénalisante, amenant le coureur à "ruser" pour éviter les confrontations, avant un arrêt pur et simple de la compétition.

Or il est un facteur essentiel dans la construction de la mentalité du coureur, c’est le ROLE DES PARENTS, ET PLUS GENERALEMENT DE L’ENTOURAGE IMMEDIAT. L’attitude des parents est très variable, elle va de l’indifférence jusqu’à la prise en charge complète du "plan de carrière" (!) du présumé champion, en passant par tous les intermédiaires.

C’est ainsi que l’on voit des parents de cadets, voire de minimes, dire que leur enfant n’est pas au mieux au début de saison parce qu’il est encore en période de foncier et qu’il n’a pas commencé le rythme ?on voit ces mêmes parents gonfler les roues, briquer le vélo (de haut de gamme en général, avec roues de rechange et tout et tout), préparer le bidon, masser le fiston ?


Essayons de voir les conséquences de ce comportement. Tout d’abord, parler d’un entraînement aussi orienté en minime ou en cadet est un non-sens, dans la mesure où les jeunes ont avant tout besoin de faire des efforts VARIES, pas que du vélo d’ailleurs, même si (et surtout si) on veut en faire des champions plus tard ! Qu’ils sprintent, grimpent, descendent, sautent des obstacles, s’amusent en groupe. Mais il ne faut pas qu’ils vivent le vélo comme un programme écrit à l’avance et en dehors d’eux, sinon ils iront voir ailleurs et rapidement ! Le cyclisme doit être un PROJET PERSONNEL DE L’ENFANT, l’entourage doit mettre en place un contexte motivant et sécurisant mais pas tout faire à la place du coureur.

S’occuper de son fils comme d’un "champion" est le meilleur moyen de lui "donner la grosse tête", en lui donnant les APPARENCES du champion alors que pour être un fort cycliste il faut accepter de souffrir, vivre des échecs, les relativiser, reconnaître ses points faibles, les travailler. Les parents qui s’occupent ainsi de leur enfant lui mettent au bout du compte une grosse pression sur les épaules. Une jeune cycliste m’a dit récemment "mes parents espèrent beaucoup de moi, je ne sais pas si je serai à la hauteur". Dans ce contexte, la moindre sortie en groupe est prétexte à s’évaluer. Il y a déjà assez d’évaluation par le biais de l’école et des compétitions pour un jeune. Il sera toujours temps d’adopter une démarche plus rigoureuse avec lui quand il en exprimera l’envie.

Précisons que bien souvent, les parents (ou "entraîneurs" d’ailleurs) qui bichonnent autant leur "graine de champion" sont les mêmes qui acceptent mal leurs défaites, et les aident par là même à tout arrêter un jour pas fait comme les autres. Ils sont parfois plus "motivés" que les jeunes, eh bien dans ce cas qu’ils montent sur le vélo et pédalent à leur place, ils relativiseront vite.

La réaction à une défaite dépend énormément du niveau d’attente. Alors si l’entourage ne veut pas favoriser l’abandon de la pratique d’un jeune, il doit avant tout "l’accompagner" sans pression et lui donner progressivement des objectifs réalistes. Si celui ci a terminé difficilement dans le peloton lors de sa première course, il peut être opportun d’envisager d’attaquer une ou deux fois dans la course, sans plus. En vtt, on peut envisager de réduire un peu l’écart avec le vainqueur. Dans tous les cas, la priorité est de ne pas abandonner. Le jeune coureur a plus de chances d’y parvenir si on l’encourage que si on le sermonne parce qu’il ne répond pas aux attentes de son entourage. C’est lui qui pédale, pas l’entourage ! Un discours plus "dur" est envisageable avec un coureur plus chevronné, et encore, à certains moments précis, pas dans les grands moments de faiblesse.

En résumé, disons qu’une attitude "bienveillante mais pas trop facilitante" est adaptée, et que celle qui consiste à "tout donner" à un jeune, comme s’il était déjà un champion, traduit en général les motivations des parents plus que celles de l’enfant ! En outre, un excès de motivation de l’entourage est souvent synonyme de manque de recul, et peut conduire à employer des moyens illicites pour obtenir le succès (triche, dopage par exemple). Alors sachons garder la tête sur les épaules.

Quelques conseils "en vrac" pour aborder les compétitions sereinement.


  • Soit vous commencez les compétitions en sachant que vous n’êtes pas entraîné à fond, dans ce cas vous n’avez pas d’objectif précis sinon de voir où vous en êtes de votre forme, soit vous voulez commencer les compétitions en pleine possession de vos moyens ; dans ce cas vous n’hésitez pas à en laisser passer quelques unes avant de vous inscrire. Ça n’a jamais empêché un coureur de faire une bonne saison. En tous cas ne paniquez pas si vous ratez vos premières échéances, essayez juste de parfaire votre entraînement en commençant par l’analyser lucidement (me suis-je assez entraîné, ai-je fait assez de fractionné, ai-je assez récupéré entre mes sorties, ai-je assez fait attention au sommeil ?).
  • Ayez conscience qu’une compétition ne ressemble pas à l’entraînement, c’est elle qui va vous "dire" votre valeur cycliste. Alors entraînez-vous consciencieusement, mais sans vous monter la tête parce que vous lâchez untel (il fait peut être une sortie de récupération, il a peut être fait une sortie dure la veille, il sait peut être différencier ses sorties et ne pas se tester à chaque fois, lui).
  • Il ne faut ni se décourager, ni se voiler la face sur ses qualités, pour pouvoir se fixer des objectifs réalistes (sinon, tomber de haut, ça fait mal). Certains coureurs se sont révélés tard, en progressant doucement.
  • Essayer de se centrer sur ses propres progrès plutôt que sur la comparaison aux autres, surtout pour les coureurs moyennement performants. Après tout, on peut être heureux sur un vélo sans gagner de courses, il y en a qui y parviennent très bien. J’ai un copain joinvillois qui prenait toujours sa demi heure en course mais qui a continué le vélo en s’orientant vers les cyclosportives (et parfois les cyclo-cross) et qui a toujours eu beaucoup de plaisir à pratiquer.
  • Garder à l’esprit qu’on fait du vélo pour soi (sa santé, son développement ?), pas pour la satisfaction d’un entraîneur ou d’un parent (si c’est le cas, tant mieux, mais ça ne doit pas devenir le but, car il n’y a que les projets vraiment personnels qui motivent).
  • S’habituer à se prendre en charge progressivement. C’est très mauvais d’être assisté de A à Z, ce n’est pas comme ça qu’on passera la vitesse supérieure (rouler quand il pleut, monter plus de côtes, faire une série de plus, faire une série plus intense ?), pour cela il faut trouver les ressources en soi même et chez personne d’autre.
  • Évitez tout excès d’agressivité, qu’il vienne de vous même ou de votre entourage ("tu va tous les bouffer"), c’est comme ça qu’on se fait des ennemis dans le peloton et que les courses deviennent désagréables à vivre. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas se battre jusqu’à sa limite dans une course. Mais quand le résultat est là, on l’accepte.
  • Calmez l’entraînement si vous constatez que votre forme est optimale lors de la première compétition (bravo, vous avez bien géré vos sorties), et forcez si vous constatez que vous manquez d’entraînement (manque de rythme mais pas fatigué). Si vous vous sentez en pleine forme, conservez le travail aérobie et force, supprimez le rythme, insistez sur le sommeil et la récupération en général (hydratation, stretching, allonger les jambes ?). La fatigue arrive très vite quand on omet de se reposer alors qu’on est en pleine forme. Par définition, on ne peut pas dépasser la pleine forme (puisque c’est le niveau maximal qu’on peut avoir), on ne peut que tomber dans le surentraînement si on en "remet une couche". Ce type d’erreur peut pousser un coureur à rechercher une aide artificielle (dopage) pour tenir son rang malgré tout. Alors sachez vous reposer à temps (je sais, quand on aime pédaler, ce n’est pas facile de s’y résoudre, mais c’est ça qui provoque la surcompensation).
  • Ne bousculez pas vos habitudes à l’approche d’une compétition. Si vous "tentez" une démarche alimentaire (régime dissocié par exemple), testez la sur une semaine d’entraînement. Evitez de faire confiance à un ou deux "trucs" de veille de course. C’est comme ça qu’on se retrouve à faire confiance à une pilule miracle. Faites plutôt confiance à votre entraînement. Par exemple, ne cherchez pas à vous priver de manger la veille d’une course pour perdre un kilo, c’est le meilleur moyen de faire une bonne hypoglycémie le jour de la course. Le poids de forme s’acquiert progressivement, par un entraînement bien mené. Je vois parfois des coureurs s’empêcher de manger et même de boire à l’entraînement pour s’alléger. Bon moyen pour attraper une tendinite et pour grossir. Cette privation entraînant un effet rebond quand le coureur rentre chez lui et se jette sur tout ce qu’il trouve. L’organisme, en manque d’énergie, stocke alors la moindre calorie. Un peu de bon sens, c’est mieux !

En résumé


La saison commence, beaucoup de coureurs sont très motivés, certains vont se retrouver devant, d’autres derrière. Mais l’essentiel serait que chacun (coureur, entraîneur, dirigeant, parents) fasse son maximum pour que l’expérience de la compétition se poursuive dans les meilleures conditions.
Le coureur y parviendra en ayant une attitude combative mais réaliste, en acceptant les défaites comme les succès, en cherchant comment améliorer son entraînement et sa récupération par des moyens favorables à sa santé, et en ayant une attitude "sport" en course.
L’entraîneur devra pour sa part essayer de renouveler au maximum ce qu’il propose à ses coureurs, surtout s’ils sont jeunes, et avoir comme objectif prioritaire la poursuite de la pratique. Rien ne sert de mettre la pression à un protégé s’il quitte les pelotons un beau matin.
Le dirigeant aura comme souci de faire en sorte que dans son club, chacun se sente accueilli de manière égale, quels que soient son niveau et ses aspirations, car rien ne dit que tout le monde doive s’entraîner comme un damné. Si un coureur en exprime le souhait, alors là et là seulement on peut le pousser plus.
Les parents ne devront jamais oublier que c’est leur enfant qui pédale, que c’est pour lui qu’il pédale, et que vouloir en faire un "champion" est une démarche égoïste, qui révèle plus les motivations des parents que de l’enfant qui le vit mal en général. Même en compétition, il n’y a aucun mal à se faire plaisir, au contraire.
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Auteur - Jean-Paul STEPHAN




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