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  Le procès "Festina" !


(/02/2001)

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Le procès "Festina" ! Exemplaire ?

Le battage médiatique fait autour de ce qu’on appelle communément le "procès Festina" laisse à penser que ce dernier est le premier du genre, et qu’auparavant le monde du cyclisme n’avait jamais eu de comptes à rendre à la justice, du moins d’une manière aussi importante.

Pourtant, dans Sport et Vie N° 64 de janvier- février 2001, le docteur J-Pierre de Mondenard nous permet de relativiser tout cela. En effet, il cite 16 procès qui se sont déroulés principalement en France et en Belgique depuis 1959.

Cela commence à Courtrai en Belgique avec la perquisition chez un soigneur qui permet de découvrir tout un arsenal de médicaments. Le soigneur sera condamné pour exercice illégal de la médecine.
À Courtrai à nouveau, en 1964, ce sont 5 coureurs et 2 soigneurs qui sont interpellés, les soigneurs écoperont de 2 mois de prison avec sursis et d’une amende de plus de 1000F.
Suivent 3 procès à Gand en 1966 et 67, soit à l’occasion de six jours sur piste, soit à l’issue de courses sur route, qui aboutissent à des amendes pour des coureurs, et pour le première fois en 1967, à la condamnation d’un médecin qui avait délivré une ordonnance de produits interdits (2000F d’amende).

Après cet épisode belge suivent 3 procès en France. À St-Etienne tout d’abord en 1967, qui met en cause le cycliste Roger Rivière et trois médecins. Le coureur bénéficera des circonstances atténuantes. Et effet, il avait fait une grave chute dans le col du Perjuret en 1960, et était depuis obligé de prendre du palfium pour calmer ses douleurs. Mais il finit par s’y accoutumer et abusa des prescriptions, allant voir plusieurs médecins en même temps pour en avoir plus. Il consomma jusqu’à 53 comprimés par jour de ce produit ! Le tribunal se montra très compréhensif en ne condamnant Roger Rivière et les 3 médecins qu’à une faible amende (200 F) avec sursis.
Puis ce sont deux autres procès à Bordeaux en 67 et 68 pour usage d’amphétamines (un produit en vogue dans les années soixante) de plusieurs coureurs, où l’on voit apparaître la difficulté de prouver qu’une personne a pris sciemment un produit (ce qui est un point important pour prouver la notion de culpabilité d’un prévenu. Voir l’entêtement de Virenque à dire que s’il s’était dopé, ce n’était pas de son plein gré).
Après un procès à Anvers en 73, c’est une sale histoire qui est jugée à Bordeaux. À l’instigation d’un directeur sportif, 3 hommes de main tabassent le médecin fédéral du comité d’Aquitaine après un contrôle positif à la nocturne de Sarlat. Le médecin est blessé (vertèbres et 2 côtes cassées). Un des 3 voyous a été condamné à 3 mois de prison ferme, les deux autres à 3 mois avec sursis assortis d’une mise à l’épreuve de 5 ans et de l’obligation d’indemniser les victimes.

À Gand en 1976, un procès condamne notamment un médecin qui faisait partie de la commission médicale de l’ UCI et de la Ligue vélocipédique Belge (LVB), qui était donc une autorité reconnue en matière de lutte antidopage. Il avait fourni des stimulants à Eric de Vlaeminck, plusieurs fois champion du monde de cyclo-cross. La corruption ne date pas d’hier.

À Laon en 1987, 19 coureurs dont deux anciens pros paraissent devant le tribunal correctionnel pour usage et trafic d’amphétamines essentiellement. 40 membres du corps médical sont à leurs côtés. Un coureur est condamné à 18 mois de prison avec sursis, et le médecin le plus en cause écope de deux ans d’emprisonnement avec sursis, 150.000F d’amende et interdiction d’exercer de 6 mois. On trouve des procès similaires en 87 à Poitiers en 90 à Paris et à Arras en 90 et 96, avec à chaque fois des champions ou anciens champions et la plupart du temps la mise en évidence de trafics qui passaient parla Belgique.

Que retenir de tout cela ? À l’évidence, que les "affaires" dans le cyclisme ne datent pas d’hier. Mais il est vrai que l’affaire Festina est celle qui a eu le plus gros retentissement parce qu’elle est née en plein Tour de France, parce qu’elle concernait au premier chef le "chouchou" du public (qui n’arrivait pas à croire qu’une "idole" puisse ne pas être propre) et parce qu’elle a fait tache d’huile, mettant en cause progressivement un grand nombre d’équipes professionnelles. On peut dire qu’aujourd’hui, une personne qui a suivi de près les prolongements de cette affaire sait que les plus grands du moment sont tous "aidés" par la chimie moderne. Le nombre important de livres parus sur la question depuis le commencement de cette affaire montre bien l’emballement médiatique qu’elle a provoqué.

Mais au lieu de l’emballement médiatique, les "purs" auraient sûrement préféré un durcissement répressif, car on sent bien qu’après ce procès rien n’a vraiment changé, et c’est ça le plus frustrant au final.

À quand une suspension de deux ans dès la 1ère infraction pour dopage, et une suspension définitive dès la 2ème ? À quand la levée du secret médical pour les coureurs et médecins qui ont triché et joué à leur guise avec ce secret ? À quand un suivi médical des coureurs par des médecins indépendants et non pas des médecins d’équipe ?

Le procès Festina a suscité des espoirs, mais il a agi un peu comme les "samples" des groupes de rap actuels : on pense que c’est quelque chose de nouveau alors que ça ne fait que reprendre, à la base, un air d’un tube des années 70. Dans ces conditions, cet article de Sport et Vie nous est très utile dans la mesure où il nous prévient que la lutte antidopage est loin d’être gagnée !
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Auteur - Jean-Paul STEPHAN




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