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  Frédéric FRECH s’exprime sur sa sanction sportive


(6/07/2001)

<REP|SITE/2001/frech>

Frédéric FRECH s’exprime sur sa sanction sportive

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Le 06 août 2000, au championnat de France de vtt Elite à Pra Loup, Frédéric Frech
termine 3ème, une belle performance pour ce coureur habitué aux places d’honneur en coupe de France, qui a déjà connu le top 10 en championnat
du monde et le top 20 en coupe du monde. C’est ensuite que ça se gâte : contrôlé suite à l’épreuve,
les résultats laissent apparaître la présence de métabolites de la nandrolone. Depuis, Frédéric a
écopé d’un an de suspension ferme à compter du 1er avril 2001.
Bien sûr, il ne m’appartient pas
de juger de la culpabilité ou non de Frédéric Frech. Mais une chose me frappe : ce coureur a pris un
an ferme, sans y pouvoir quoi que ce soit, alors qu’un dopé notoire comme Virenque, qui a attendu 2
ans pour avouer, et qui bénéficiait d’une lourde organisation du dopage dans son équipe, n’a pris
que 7 mois. Ça sent le "deux poids- deux mesures".

C’est pourquoi il m’a semblé justifié
de laisser s’exprimer Frédéric Frech sur le Web. Ses réponses à mes questions sont retranscrites
telles quelles. Chacun a ensuite le droit de se faire sa propre idée de l’affaire.

  • Frédéric, rappelle nous d’abord le contexte de ce contrôle en quelques mots :

    Après une course de folie où d’incessants rebondissements m’ont ouvert les portes d’un podium,
    j’étais un peu sur une autre planète. Très heureux bien sûr mais aussi très fatigué car j’étais
    allé au bout de mes possibilités pour décrocher cette médaille inespérée. Ensuite c’est avec la
    conscience tranquille que je suis allé au contrôle antidopage. Il s’agissait seulement de mon
    troisième contrôle en 10 années de compétitions. J’étais également pressé d’en finir pour pouvoir
    me doucher, manger un morceau puis faire la fête !

  • Au contrôle, tu dis que tout ne s’est pas passé normalement. Explique nous ça et dis nous pourquoi tu n’as pas signalé ces vices de procédure au moment du contrôle.

    Étant
    déshydraté je n’ai pu suffisamment remplir le flacon d’urine. le médecin contrôleur, pressé de
    rentrer chez lui, a alors fait venir Thomas Dietsch, me faisant retourner en salle d’attente. mon
    échantillon d’urine est alors resté dans la salle des prélèvements sans être scellé. Quand Thomas
    en a eu fini avec son contrôle, je suis retourné auprès du médecin contrôleur pour finir de remplir
    le flacon. Celui ci aurait dû faire l’objet d’un scellé intermédiaire, selon la réglementation
    officielle. Sur le moment, n’étant pas au courant de cette réglementation, et n’imaginant pas les
    conséquences futures de ce contrôle, je n’ai pas émis de réserve sur le procès verbal. La
    fédération se retranche derrière cette absence de réserve pour passer outre cet évident vice de
    procédure. Maintenant, je ne pense sincèrement pas que c’est ce vice qui a provoqué la présence de
    nandrolone dans mon urine, je penche plutôt vers l’hypothèse de la contamination alimentaire ou
    bien de l’acte de malveillance. Mais ce n’est pas pour cela qu’il faut cautionner l ’ à peu près
    lors des contrôles antidopage.

  • Tu prends un an ferme, tu aimerais pouvoir contester cette décision. Est ce possible ?

    En première instance j’ai pris deux ans, puis, après
    avoir fait appel en compagnie d’un avocat, la sanction a été "réduite" à un an ferme. Mais en
    réalité, n’ayant pas couru pendant les 6 longs mois de procédure, c’est à un an et demi sans
    compétition que je m’expose. La fédération, sans pitié, n’a pas tenu compte de mon respect de
    l’éthique sportive, qui m’a fait mettre volontairement à l’écart en attentant la décision finale.
    Cette décision (un an ferme) est aujourd’hui irrévocable pour la FFC. Saisir un tribunal
    administratif serait trop long et trop onéreux ; quant à l’ U.C.I, elle n’a pas le droit de
    s’immiscer dans cette affaire, à moins que j’aille à l’encontre de ma sanction en participant à une
    compétition ayant le label U.C.I sur un territoire étranger. Mais le risque serait alors grand de
    voir ma sanction encore alourdie.

  • Tu es allé faire des analyses de poils pubiens à l’université Louis Pasteur à Strasbourg en janvier 2001. Que ressort-il de ces analyses ?

    Les analyses de poils pubiens sont
    négatives. Ce résultat ne déjuge pas l’analyse d’urine mais prouve qu’il n’y a pas eu usage répété
    de nandrolone, ce qui va dans le sens de l’hypothèse de la contamination alimentaire accidentelle.
    Par ailleurs la nandrolone n’étant efficace que lors d’une cure à long terme, cela prouve que ma
    3èmeplace n’était pas due à un quelconque effet dopant. Mais pour la FFC, ce n’est ni l’intention
    ni l’effet réel qui importe, c’est uniquement la présence ou non d’un produit interdit.

  • Quel effet cela te fait-il de voir que dans le conseil fédéral d’appel qui t’a mis un an ferme, il y ait M. Jean-Marie LEBLANC (Président de ce conseil, et Président de la Société du Tour de France) qui statue sur des cas de dopage mais dit "découvrir" le phénomène lors de l’affaire Festina en 1998 !?

    Cela m’éc ?ure, car même si je n’ai pas à juger l’homme, le
    personnage qu’il représente, à savoir celui qui a cautionné par son silence les pratiques les plus
    perverses de dopage, n’a décemment pas sa place dans un conseil de discipline. Mais cela illustre
    parfaitement l’hypocrisie et la contradiction qui règnent chez la plupart des dirigeants actuels du
    cyclisme. Jean-Marie Leblanc fait partie de ces croisés de la morale antidopage qui ne punissent
    pas un geste, mais la mise au jour d’une réalité qui devrait rester dissimulée à l’abri d’un
    mensonge. En me sanctionnant de la sorte, il a cru faire preuve de son intransigeance et se
    racheter une conduite.

  • À quoi occupes-tu tes journées actuellement ? Décris nous un peu à quoi ressemble le quotidien d’un coureur qui ne peut plus s’exprimer sur son vélo.

    Pendant longtemps
    j’ai continué à m’entraîner sérieusement, je refusais d’admettre la réalité de cette injustice et
    moralement cela me faisait du bien de me dépenser physiquement sur mon vélo. Je passais aussi des
    journées entières à ne rien faire, totalement déprimé et sans envies, à gamberger sur cette
    histoire, sur mon malheur. C’est pourquoi j’ai décidé d’aller travailler durant ces vacances comme
    vacataire dans l’administration (depuis le 06 juin en fait). J’espère que cela m’aidera à faire le
    deuil de cette saison 2001.

  • Actuellement, te vois-tu courir à nouveau en 2002 ? À quelles conditions ?

    Il
    faudrait que je retrouve un enthousiasme et un soutien forts autour de moi. J’ai contacté des
    équipes (Egobike, Scott), et je n’ai rien senti de tel. Je n’arrive pas à me faire une raison. S’il
    y a une faute, on la paye, mais ce n’est pas le cas et je ne peux admettre cette situation. J’ai la
    rage au ventre et je souhaite rebondir en 2002, mais pas à n’importe quelles conditions. Vivre
    décemment de mon sport et pouvoir m’y exprimer au plus haut niveau, voilà mes principales
    exigences. J’espère toujours que cela s’arrangera et qu’une équipe me tendra la main. Mais si d’ici
    la fin de l’année je ne vois rien venir de concret, je serais bien obligé de tourner la page.

  • Quand un coureur s’est réellement dopé, quelle doit être la durée de sanction minimale à ton avis ?

    Le règlement actuel ne laisse que peu de marge de man ?uvre aux commissions
    disciplinaires qui doivent prononcer une sanction, même si le sportif peut fournir une explication
    satisfaisante (voir les affaires Sabatier, Bonnétat, Bouras et autres ?). Pour moi, le plus
    important est de ne plus bafouer la présomption d’innocence. ensuite lorsque la culpabilité ne fait
    plus aucun doute, un minimum d’un an me semble raisonnable (et à vie en cas de récidive).

  • Tu nies avoir pris sciemment de la nandrolone, mais tu dis avoir pris un produit contenant de la créatine (consommation non interdite mais vente interdite en France), qui pourrait en contenir. Pourquoi avoir pris de la créatine ?

    "La prise de créatine permet la
    reconstruction de protéines contractiles dans le muscle. Elle a un statut de nutriment et son
    utilisation à des doses raisonnables se révèle d’une totale innocuité". J’ai repris ici le texte du
    livre de Denis Riché (Guide nutritionnel des sports d’endurance Vigot, 1998) pour montrer que son
    utilisation n’est pas du dopage. Selon moi, sur le plan de l’éthique, l’utilisation de créatine
    n’est pas plus condamnable que le régime hyperglucidique. Elle représente une alternative au
    dopage, ce que les législateurs français n’ont visiblement pas su prendre en compte. D’ailleurs
    cette interdiction n’a pas empêché des sportifs tels que Zidane, Pierce et Pérec de prendre
    ouvertement de la créatine. J’ai la conscience tranquille et je ne pense pas avoir faussé l’équité
    en utilisant ce produit.

  • À part ce produit contenant de la créatine, prenais-tu d’autres "produits" (compléments alimentaires, vitamines, acides aminés, fer, oligo-éléments) ?

    Le vélo est un sport terriblement éprouvant pour l’organisme, et une alimentation normale
    ne suffit pas toujours pour rester ne serait ce qu’en bonne santé lors des grosses charges
    d’entraînement. d’où la nécessité de prendre des compléments alimentaires. Personnellement j’ai
    utilisé en 2000 de l’ Isoxan (vitamines), de l’ ACM 20 et du Revitalose (acides aminés), du
    Tardyféron B9 et Magné B6 (fer et magnésium, pour les carences en altitude), du Stimol
    (détoxication du foie et des muscles), ou encore une cure de ginseng et biostim pour renforcer mes
    défenses immunitaires en hiver. Enfin, après chaque séance d’entraînement difficile, je prenais des
    protéines dans du lait pour contrecarrer la fonte musculaire et les courbatures. Je n’ai rien à
    cacher, rien à me reprocher.

  • À part les aspects "pharmaceutiques", quels moyens utilisais-tu pour optimiser ton entraînement (type de sorties, volume par semaine, techniques de récup) ?

    Je ne suis pas un sportif des cavernes et je pense que la science peut être
    bénéfique en aidant à connaître ses limites physiques, à optimiser son potentiel en évitant de
    rechercher à tâtons et d’utiliser des méthodes empiriques d’un autre âge. C’est pourquoi suite à
    des tests d’effort en laboratoire, je fais correspondre chaque filière de travail (puissance
    aérobie, endurance critique, capacité aérobie, etc.) avec une plage de fréquences cardiaques bien
    précise. Je peux ensuite y adapter chaque type d’entraînement (intervalles longs ou courts, travail
    continu, fartlek en groupe, etc.). J’ai une prédilection pour les sorties avec une succession de
    cols suffisamment longs et raides pour mettre en avant mes qualités de grimpeur. Lorsque je dépasse
    vingt heures d’entraînement par semaine, je grille mes cartouches, je préfère donc mettre l’accent
    sur l’intensité pour progresser dans le futur. Afin de récupérer au mieux, j’ai la plupart du temps
    une vie de "moine" : alimentation équilibrée, pas de sorties nocturnes, gestion à long terme de ma
    saison (je n’abuse pas des compétitions et je me programme quelques micro coupures).
    En 2000 j’ai parcouru environ 17000km dont près de 80% sur route, et j’ai participé à environ 40 compétitions.

  • Tu poursuis des études en STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives) à Strasbourg. Ce type d’études contient-il un volet concernant la prévention des conduites à risques dans le domaine du sport (violence, dopage, magouilles financières) ?

    Ce type de problème n’est évoqué que de manière très générale lors de cours sur la
    biologie pour ce qui concerne le dopage, et en sociologie en ce qui concerne la violence. On y
    parle surtout de la liste antidopage et de l’éthique dans le sport.

  • Quel type de métier souhaites-tu exercer plus tard et pourquoi ?

    À l’origine je suis entré en STAPS
    pour devenir professeur d’ EPS, mais à force de baigner dans le milieu du sport de haut niveau,
    j’ai pensé me réorienter vers une carrière d’entraîneur- éducateur. Aujourd’hui, avec ce qui m’est
    arrivé, j’ai du mal à faire des projets concrets et à me battre pour me construire un avenir
    professionnel solide. Maintenant, quel que soit le métier choisi, il faudra qu’il me permette de
    m’épanouir et de donner du sens à ce que je fais, même si cela doit être au détriment de mon compte
    en banque et de mon assise sociale.

  • Récemment, Jérôme Chiotti a décidé (sans qu’on l’y oblige et en perdant pas mal d’acquis dans l’affaire) de dévoiler les pratiques de dopage qui existent dans le cyclisme. Les affaires en cours (au Giro par exemple) prouvent qu’il ne ment pas. que penses-tu de sa démarche ?

    Il a su arrêter cette course au mensonge que se livrent sportifs, dirigeants et médecins. Ses
    révélations montrent bien que ce qui dérange la FFC, ce n’est pas l’emploi massif de substances
    interdites et dangereuses, non, c’est le bruit du scandale, l’étalage au grand jour des m ?urs de
    certains champions idolâtrés par le public et qui sont le fonds de commerce de tout ce cirque. J’en
    veux pour preuve les paroles du nouveau Président de la FFC, Jean Pitallier, dans "Libération" le
    19 mars : "Si Chiotti est passé entre les mailles du filet, tant mieux pour lui ?il ferait mieux de
    se taire".
    Un président élu "à l’insu de son plein gré" et qui faisait d’ailleurs partie de la
    commission qui m’a sanctionné de deux ans ferme en première instance.
    Sinon, ce que je reproche
    à Jérôme Chiotti, c’est son manque d’humilité. il devrait accepter qu’il y a plus fort que lui et
    arrêter de jeter la suspicion sur ceux qui le précèdent. Ainsi moi je pense qu’avec beaucoup de
    talent et de travail on peut encore gagner de grandes courses (en vtt du moins) sans céder au
    dopage. J’en veux pour preuve les victoires en coupe du monde de Grégory Vollet et José Antonio
    Hermida.
    Enfin, il ne devrait pas oublier que sa reconnaissance médiatique et son aisance
    financière, il les doit en grande partie à des performances réalisées grâce au dopage. Et
    aujourd’hui encore il profite de bases physiques très élevées, obtenues entre autres grâce à un
    emploi massif de substances dopantes lorsqu’il s’adonnait à ce type de pratique.

  • N’hésite pas à ajouter ce que tu souhaites dire qui n’a pas trouvé sa place dans cette interview.

    On veut me sacrifier au nom de l’éthique et de l’équité du sport. Je ne
    vois pas en quoi une telle injustice, où on écarte volontiers l’aspect non intentionnel de ma
    situation, respecte les notions d’éthique et d’équité, bien au contraire. Qu’on m’explique où est
    la morale de l’histoire ? De cette année de galère, je n’ai retiré qu’une certitude : pédaler m’est
    devenu essentiel, mais pédaler comme je l’ai toujours fait, en donnant tout de moi-même mais
    seulement de moi-même.

Voilà, c’est fini pour l’instant. Si Frédéric nous communique de nouvelles informations, ou si son
affaire connaît de nouveaux rebondissements, je ne manquerais pas d’en tenir informés les lecteurs.
Et si quelqu’un veut lui donner son sentiment suite à la lecture de son interview, il faudra
prendre le bon vieux stylo, et lui écrire à l’adresse suivante :

Frédéric Frech
23 rue
des frères Matthis
67730 CHATENOIS.



Auteur - Jean-Paul STEPHAN




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