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  Dopage, Giro, nandrolone, TVM, Poitiers...


(13/06/2001)

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Dopage, Giro, nandrolone, TVM, Poitiers...

On entend parfois les journalistes parler d’un bon coureur du moment en disant qu’il est reparti sur de "nouvelles bases", sur des bases "saines"... pourtant, l’examen de l’actualité récente est pour le moins... chargée ! Il n’y a qu’à lire un peu l’Equipe chaque jour. Démonstration...


  • L’ EPO se garde au Frigo... est ce la cause du départ de Dario dans le Tour d’ Italie ? Les policiers du Giro ont trouvé des produits interdits dans sa chambre. Son équipe vient de le renvoyer, lui qui depuis le début de l’année était considéré comme LA révélation (victoires à Paris- Nice, Tour de Romandie, la grande étape contre la montre du Giro et toujours une chance de victoire finale). La "révélation" est partie, LES révélations devraient fleurir sous peu...
  • Lors du procès TVM qui vient de s’achever à Reims il y a un peu plus d’une semaine, les enquêteurs ont parlé, pour décrire leurs perquisitions, de "camion de médicaments avec quelques vélos dedans", plutôt que de camions de vélos avec quelques médicaments dedans...
  • Lors du procès de l’affaire de Poitiers, qui vient lui aussi de s’achever à Reims, on apprend que des anciens présidents de clubs cyclistes (dans le genre tout ce qu’il y a de plus "français moyen") avaient revendu entre 300 et 400 pots belges chacun. Sûrement des "adultes" qui se permettent de donner des conseils à des coureurs, ou de dire que les jeunes ne respectent plus rien... écoeurant.
  • On retrouve la même pléthore de produits lors des fouilles des carabinieris au soir de l’étape du Giro du mercredi 06 juin. Des sacs entiers... et des seringues jetées parles fenêtres en voyant les forces de police s’approcher des hôtels, un coureur qui cherche même à s’enfuir par la fenêtre. Dire que certains ont de l’admiration pour ces champions ?
  • Hein Verbruggen, le président de l’ UCI, qui n’a pas peur du ridicule au Giro quand il affirme "Je comprends les coureurs" en parlant de leur colère à la vue des fouilles dont ils sont les cibles. Il omet de rappeler que ces fouilles ont déjà permis d’appréhender 300 boites de médicaments (si les coureurs sont malades à ce point, qu’ils aillent se coucher !) : stimulants (caféine), anabolisants (testostérone), corticostéroïdes, corticoïdes (Kenacort), anesthésiques locaux (lidocaïne), et hormones peptidiques. Rien que ça. Les coureurs vont encore invoquer la justification thérapeutique... il convient d’ajouter à cela un grand nombre de préparations liquides et solides anonymes dans des boites sans étiquettes, et un produit à base de plasma et d’albumine. Plus une très grande quantité de seringues, des éprouvettes contenant du sang, une centrifugeuse (marquant un taux de 53...), des documents expliquant comment faire baisser le taux hématocrite... fermez le ban ! Évidemment, Verbruggen doit comprendre... la gêne des coureurs !
  • Comme si ça ne suffisait pas chez les pros, les Elites 2 sont aussi dans le "colli- amateur" de la justice et de la police. En effet, lors des perquisitions hôtelières au Giro, ce sont en fait deux équipes de policiers qui se sont rencontrées, et ce par le plus grand des hasards. En plus de celle qui opérait une rafle générale, on a aussi vu à l’oeuvre une brigade chargée de fouiller chez Liquigas, après la main-mise sur des produits interdits la semaine dernière dans le camping car du beau-père d’ Ivan Gotti. Cinq des coureurs de cette équipe seraient dans le collimateur. Ça sent l’épidémie, vraiment ils n’ont pas de chance d’être aussi facilement contaminés...
  • Depuis le début de l’année 2001, 6 coureurs ont déjà été pris à l’ EPO, dont Pascal Hervé, récidiviste, déjà coupable dans l’affaire Festina en 1998 et qui se permettait de fanfaronner pendant le procès de Lille. Willy Voët avait pourtant signalé dans son livre "Massacre à la chaîne" que Hervé était une des plus grosses chaudières du peloton. Maintenant, ça chauffe pour son matricule, tant mieux. Mais pourquoi diable ne met-on pas deux ans directement (voire radiation à vie) à un coureur pris à l’ EPO ? Ça en calmerait plus d’un.
  • Soit dit en passant, il semble bien qu’on tape fort sur les petits mais qu’on prenne des gants (à cause des mains sales ?) en ce qui concerne les stars. Exemple : les protagonistes de l’affaire Festina ont pris 6 mois de suspension, un de plus pour Virenque qui a quand même mis deux ans à avouer, deux ans durant lesquels il s’est quand même bien foutu de nous ! Hé bien Frédéric Frech, vététiste pris à la nandrolone (championnat de France vtt de Pra loup, 6 août 2000), qui a peut être fait une faute mais visiblement ne bénéficiait pas d’un dopage "lourd", vient de prendre un an ferme sans pouvoir faire quoique ce soit sinon attendre que ça se passe. Je ne suis pas contre les sanctions lourdes, au contraire. En revanche, je ne supporte pas une justice à deux vitesses, surtout quand elle encourage le cyclisme ?à deux vitesses lui aussi.

    Comme disait un jour Gérard Holtz lors d’une gaffe verbale lors de Stade 2, "Mais jusqu’où s’arrêteront-ils ?" visiblement, le monde du cyclisme professionnel est comme un gros crâne... vide. Pris sans arrêt en flagrant délit de pratiques illicites, les "coureurs" (si on peut encore les nommer ainsi) et leur encadrement continuent à tricher et à jouer les vierges effarouchées quand les preuves s’accumulent.

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    Pourtant, il faut savoir que ces agissements peuvent sinistrer le cyclisme tout entier. Quand l’image de notre sport aura été salie au point que chacun associera directement vélo et triche, il n’y aura plus grand monde pour aider ceux qui oeuvrent, même sainement, au développement de ce sport. On aura l’air fin le jour où on se sera mis tout le monde à dos : collectivités locales et territoriales, sponsors, médias (qui réduisent déjà fortement leurs retransmissions du cyclisme)... Je suis très inquiet, car rien ne laisse présager une diminution des pratiques de dopage actuellement.
    Je ne rêve que d’une chose : que demain je me réveille et que je découvre que les règlements UCI ont passé la surmultipliée : deux ans à la première infraction, radiation à vie à la suivante, point final. Le pire, c’est que rien n’empêche ce genre de décision. Allez comprendre...



Auteur - Jean-Paul STEPHAN




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